Premier mai 2007 ( un avis de Stéphane Méliade)


Je cite ici un message de Stéphane Méliade, publié sur l'auberge de Ragueneau le 30 avril 2007 :



"À mon sens. Sarkozy ne représente pas la droite traditionnelle, ni même - comme certains voudraient le croire- l'extrême-droite ou l'ultra-droite traditionnelle. Il est le représentant de la merchandisation absolue, de la transformation de l'homme en produit non-pensant. Il surfe sur le populisme et le nationalisme, et sur des valeurs dites "de droite", mais je doute que tout cela ait un sens réel pour lui. Si l'air du vent soufflait de l'autre côté, il enfourcherait cet autre coté sans sourciller.

Ne croyons pas que le totalitarisme de demain sera "de gauche" ou "de droite", il sera avant tout, on pourrait dire, professionnel, et de haute technicité. Profondément non humain.

Le véritable clivage se situe aujourd'hui, à mon sens et pour schématiser, entre les humanistes et les "déshumanistes". Je pense que et Ségolène Royal et François Bayrou, avec toutes leurs imperfections respectives et leur parts humaines respectives d'ambition donc de calcul, sont des représentants de la première sorte, et que Nicolas Sarkozy est un représentant de la deuxième sorte. Pour moi, la ligne de partage est là.

C'est pourquoi, au délà des aspects purement politiciens qui étaient, bien sûr, présents, je pense qu'il s'est passé quelque chose d'important samedi, avec ce débat Royal-Bayrou. Sous les aspects électoraux évidents, il y avait aussi, je pense, quelque chose d'intinctif, j'allais dire de "spirituel" et je le dis donc sans crainte des moqueries- dans cette volonté de débattre ensemble, parceque -j'ignore à quel degré de conscience cela affleurait à la surface de leurs esprits- "de l'autre coté", se situe un homme qui veut, bien plus que faire, défaire.
Ce qui est en jeu, là, ce n'est pas la gauche ou la droite, c'est peut-etre, plus graveement, l'humain ou le non-humain.

Ne serait-ce qu'un petit exemple concret : et Bayrou et Royal préconisent dans leurs programmes respectifs un moratoire sur la culture d'OGM en plein champ. Un moratoire, ça veut simplement dire : on prend le temps de réflechir, d'expérimenter, de faire des essais en milieu protégé pendant quelques années, et au passage, petit détail insignifiant, on consulte les citoyens de sn pays. Cela relève, pour l'un et pour l'autre, d'une simple pratique démocratique de base et d'un souci simplement normal de la santé publique. Le gouvernement UMP a ,lui, tranquillement autorisé la culture en plein champ (et par décret !), alors qu'une étude indépendante faisait apparaitre des lésions graves au rein et aux foie de rats nourris avec un type de maïs trangénique. Bon Dieu, ce n'est pas une question de "droite" ou de "gauche" que de ne pas nous lacher n'importe quelle merde dans les cellules sans avoir fait des recherches avant, c'est juste une question de bon sens !
Il y a, dans cette fuite en avant, bien pire encore qu'une "droitisation", une perte du simple bon sens, une Koyaanisqatsi comme l'appelaient les indiens Hopi (la perte de tout équibre). Médicalement, cela s'appelle Cancer.

C'est Besancenot, pour lequel je n'ai pas voté, qui a trouvé le slogan le plus fort de cette campagne électorale française "Nos vies valent mieux que leurs profits". Le clivage très profond se situe peut-etre là, en effet, ce slogan pouvant, comme dans le cas des OGM évoqué ci-dessus, prendre un sens pas du tout métaphorique, mais très concret. Nos vies, nos existences physiques.

Vous n'êtes pas des groupies énamourées de Ségolène Royal ? Moi non plus. Vous estimez qu'il y a parfois un certain flou dans les détails de ses propositions et une certaine absence de précision dans ses dires ? Moi aussi. Vous n'avez pas voté pour elle au premier tour ? Moi non plus. Pourtant, c'est avec les deux mains et d'un pas franc que dimanche prochain, j'irai mettre un bulletin à son nom dans l'urne.

Parce que je préfère de loin ses imperfections humaines et poilitiques à la perfection calibrée sarkozyste, toujours prete à délivrer un discours-type, adapté à l'un ou l'autre segment de marché à conquérir, parce que je préfère de loin la "prof" aux inflexions parfois laborieuses au Sarkozy-enfant de la télé prenant des inflexions faussement populaires, comme on enfilerait hâtivement un bleu de travail sur un smoking.
Parce que je crois au choix et à la possibilité de s'améliorer et que je rejette viscéralement le culte du déterminisme avec lequel a publiquement sympathisé Sarkozy (qui a quand meme réussi l'exploit de vouloir balayer la société, la famille,et à la fois toutes les avancées sociales, éducatives, et 2000 ans de christianisme basé au départ sur la possibilité de ne pas seulement etre mais aussi de devenir, bref tout ce qui porte en germe le concept d'évolution). Parce que contrairement à lui, qui l'a déclarée étrangère à sa pensée, je crois que "connais toi toi meme" est une phrase très intelligente (mazette, voudrait-il donc déconstruire la société et l'humain au point de nous faire régresser en-deça de l'héritage grec ??). Parce que je pense qu'un homme qui court déclarer son allégeance au dirigeant de la plus grande puissance mondiale en désavouant la politique de son propre pays dans une affaire grave qui engage par ricochets le monde entier, ne doit pas etre en mesure accéder à la direction du dit pays. Parce que preuve a été tristement faite ces dernières années, qu'une attitude unilatéraliste dans les affaires internationales ne mène qu'au chaos absolu. Parceque la publication ou non d'un livre ou d'un magazine ne doit pas dépendre d'un coup de téléphone agacé et menaçant de la part d'un ministre. Parce qu'aucune composante de la société française n'est une sorte de lichen qu'il faut nettoyer au karcher. Parce que l'emploi ne s'améliore pas simplement parce qu'on a changé la méthode de calcul du chomage. Parce que la crise du logement ne peut pas se résoudre par des mesures apparemment spectaculaires qui ne efront qu'aggraver les déséquilibres. Parce que les bénéfices des entreprises doivent etre plus équitablement partagés. Parce qu'un "sans-papier" n'est pas forcément un parasite profiteur qu'il faut systématiquement parquer dans un camp de rétention puis expulser . Parce que les services publics, malgré tous leurs inconvénients de fonctionnement, ne doivent pas etre bradés car ils font qu'un pays est plus qu'un simple agrégat de marques, Parce que la santé d'une société se définit avant tout par les liens possibles, économiques, sociaux, culturels, entre ses différentes composantes et que sa décadence et sa mort commencent au moment où on dresse ses dites composantes les unes contre les autres. Parce que ni le fichage dès l'enfance ni l'explosion de la population carcérale ne régleront le moindrement la délinquance. Parce qu'il ne doit pas y avoir plusieurs statuts de délinquants, comportant une délinquance financière qui serait, elle, impunie. Parce que je ne veux pas d'un nouveau César qui déconstruise la République avant de se métamorphoser en Néron incendaire.
Parce que je veux etre le moins possible réduit à un "temps de cerveau disponible pour Coca-Cola" (tel qu'est défini le téléspectateur-citoyen par Patrick Le Lay, pdg de tf1), je ne veux pas que Nicolas Sarkozy devienne président de mon pays, et dimanche prochain, je voterai pour Ségolène Royal. "

(Stéphane Méliade, 30 avril 2007)





Article ajouté le 2007-05-01 , consulté 646 fois

Commentaires


S. Crytes le 02/05/2007 à 02:45:16
Ce billet est très éloquent. Je ne suis la campagne française que de loin, étant au Canada, mais je constate que vous êtes menacés par le même tourbillon implacablement corporatiste qui semble s'étendre à tout l'Occident. Avec un Premier ministre conservateur qui renie un demi-siècle de culture diplomatique canadienne, en s'inscrivant brutalement dans le courant belliciste américain, en plus de renier sans broncher l'application des mesures du protocole de Kyoto, nous pencher également dans une direction qui ne rassure personne. En outre, pour la première fois au Québec depuis 1960, la droite pure et dure a réussi à faire une percée majeure en devenant une opposition officielle tellement forte, que le gouvernement au pouvoir se retrouve dans une situation de minorité, ce qui ne s'était pas vu depuis 125 ans ! Et comment l'ADQ (le parti de droite) a-t-il résussi cette ascension ? En brandissant le spectre de la menace immigrante, en annonçant l'abolition de divers services, en affirmant même qu'il éliminerait carrément les Commissions scolaires du paysage national s'il était élu !

Nous semblons tous être submergés par la résurgence de ces partis à la solde des corporations... L'histoire du 19ième siècle en Europe n'a-t-elle rien appris au corps citoyen ? J'espère que dimanche en France, l'humanité, la solidarité et la compassion, triompheront de la cupidité des petits arrivistes mesquins, à l'heure où l'état de la planète devrait pourtant tous nous inciter à regarder un peu plus loin que le bout de notre nez...

Je te transmets mes sincères amitiés Stéphane
S* le 02/05/2007 à 16:20:47
Bonjour Isabelle et Stéphane !

Merci beaucoup, Steph, car tu fais un truc très bien dans ta réponse : tu nous replace dans une pespective globale, parce que c'est très loin d'être un phénomène franco-français, tout ca, en fait. Ici, tu sais, à certains moments de la campagne, on a pu avoir l'impression que l'univers s'arrêtait au-delà des six côtés de l'hexagone ^^ Or, ce vent d'ultramerchandisation de la civilisation est global bien sûr.
La seule chose bonne que ça puisse générer, c'est l'émergence de nouvelles solidarités, des nouvelles formes de contre-pouvoir, ça peut stimuler les imaginations.
Jacques Attali, dans son livre "histoire de l'avenir" prédit une phase d'"hyperempire", suivie d'une phase "d'hyperdémocratie". Tout le monde semble être résigné à "en passer par là", ceci ayant été bien et longuement préparé par les moyens d'informations.
Mais d'un autre côté, on voit bien que par exemple pour l'administration Bush, depuis un bon moment ce n'est plus tous les jours noël, loin de là. On peut endormir les gens un moment, des années même, mais pas non plus éternellement.

J'espère que toi et ta famille vous allez au mieux !
Tourlou !
S*


isa le 03/05/2007 à 00:59:49
bonsoir steph, bonsoir steph* :-)

tous mes remerciements pour votre présence ici et vos avis si sensibles et intelligents, qui m'ont fait un bien immense. Ces élections auront ma peau, je sens.... Je ne sais pas si c'est le lieu qui fait cela, ou si tout à coup mes oreilles sont devenues sélectives, mais il ne se passe pas deux ou trois jours sans que je sois témoin d'altercations racistes violentes ou de dialoques du genre "mais vous savez, ma bonne dame, il se trouvera même des gens pour voter pour ELLE, vous verrez !"

steph-musicien, "colonel Sponsz" et moi avons suivi passionnément les élections québecoises, été profondément déçus et déprimés par le résultat (et la surprise de la non fiabilité des sondages ! ), et vivons depuis dans la crainte d'un sinistre remake européen

steph*, je suis d'accord avec toi sur le fait que Nicolas Sarkozy est extrêmement visible, et qu'on pourrait le contrer facilement sur beaucoup de points, mais le fait est que beaucoup de gens semblent voter définitivement pour une personnalité que pour une personne et encore moins pour un programme ou un esprit général de société. Et on touche probablement à pas mal de choses inconscientes, de l'image du père à la confusion courante que l'on fait entre la force et la brutalité, je crois que seuls ceux qui ont une idée de la seconde, directement ou d'une manière compréhensible pour eux, peuvent dénoncer cet amalgame.




isa le 03/05/2007 à 01:03:56
L'opinion de la poétesse belge Florence Noël :



"La Belgique francophone suit avec une grande attention les élections présidentielles françaises. Le soir du premier tour il y avait une émission spéciale sur la chaîne publique belge.

C'est vrai que ces élections ont un parfum de passion beaucoup plus fort que les précédentes.

une personnalité telle que celle de sarkozy peut séduire, mais fait peur au-delà de vos frontières. Ne négligez pas cet aspect dans votre choix, la France, par cette campagne a voulu mettre l'accent sur les enjeux "nationaux", mais un président de la république française a aussi énormément de pouvoirs internationaux, c'est même des pouvoirs qu'il garde entièrement en temps de cohabitation.

La France est un des grands partis européens, et qu'elle le veuille ou non, en étant fondatrice avec quelques autres pays, dont le mien, de l'Europe, elle s'est imposée comme un des acteurs dominants. L'Europe aura un jeu primordial à jouer dans le processus d'évolution positif face à la paix dans le monde, l'environnement, la politique sociale et la politique de développement durable, dans la promotion des droits de l'homme.

Je dois bien avouer que mes oreilles démocrates tintent lorsque j'entends la teneur générale des discours de Nicolas Sarkozy. Cela devient même un grand bourdonnement quand je constate ses pratiques de pouvoir, à l'échelle moindre que celle de la tête de l'état, et qui sont tout sauf la promotion d'une séparation des pouvoirs, d'une répartition juste de ceux-ci, d'un non interventionnisme par menace, pression et despotisme ,d'une société juste, solidaire et multiple.

certains se félicitent qu'il ait pris à Le Pen ses électeurs... Je suis de celle qui tremble en entendant cela. Cette pratique ne suggérera-t-elle pas à d'autres politiques, dans d'autres pays européens, dont le mien, de se lancer davantage encore dans ces séductions virales, sous prétexte que le nombre des électeurs d'extrême droite augmentant, il est plus raisonnable de les ménager et d'absorber leurs thèses en les amoindrissant un peu ( mais si peu) que de les voir croître en nombre distinct? Je vois déjà ce jeu en Flandre depuis des décennies, avec de moins en moins de tabous... Et pour quel résultat? Certainement pas moins de nationalisme, ni de racisme... Au contraire, une radicalisation, une "étroitisation" des esprits, une diminution de l'esprit critique, une grande dépression des valeurs, un ventre mou du penser facile, l'affrontement court plutôt que le dialogue durable. Et pourtant, je vis dans un pays où la concertation sociale, les coalitions politique et le compromis permettent d'avancer tout de même depuis des décennies...

Nicolas Sarkozy est un homme avide de pouvoir. Dirigé vers ce but, prêt à tout ce qui a l'apparence de la légalité pour cela. C'est un homme dangereux, visiblement, sans hésitation, et je me demande comment ça ne saute pas aux yeux de la plupart des français.

Cette évidence devrait conduire les supporters démocrates de la droite à s'abstenir car il nuira à son parti autant qu'à son pays. Et à tous les autres à voter à gauche."


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