L\'Insoluble

L\'Insoluble

Salle d'études un matin, Valrose

 

Un moment d'une séance de TD, à cet endroit où on reprend un peu son souffle, avant de commencer autre chose. Il est devant son ordinateur.

Les 16, 17 et 18, trois séismes du Nord Chili, pas très forts mais quand même Mw de 6 à 6.9 (si on avait ça à Nice, aucun sismologue de ma ville ne dormirait plus la nuit) ont attiré mon attention. Parce que, contrairement à ce qu'on observe d'habitude, que la profondeur est plus grande lorsqu'on s'approche de la côte, système relativement simple des Andes de subduction, ici le séisme le plus fort est au contraire plus proche de la surface. Et son mécanisme au foyer est comme tordu, il y a une composante nettement décrochante dans le mouvement inverse, pourquoi ? Je lui demande. « Ah ? Je regarde. » Tibidi tibidi tibidi. Connexion à Scardec, le programme automatique. « Tiens, oui ! Mais il y a peut-être une erreur ». J'aurais dû anticiper la réponse, c'est vrai que l'idée de l'erreur ne m'est pas venue immédiatement. Zut.

« Je le recalcule ». Tibidi tibidi tibidi tibidi tibidi tibidi tibidi tibidi tibidi tibidi tibidi tibidi tibidi tibidi toc. « Ah ! Oui, c'est le même mécanisme au foyer, tiens, c'est intéressant ! »

Je suis stupéfiée, choquée, traumatisée par cette vitesse, ces quelques secondes.

Mais vraiment.

Bouleversée.

J'ai assez d'imagination et maintenant de connaissances pour réaliser ce que rassemble le calcul automatique, ainsi, d'un mécanisme au foyer, et en parallèle la rédaction du code du programme qui va faire le calcul, parce que bien sûr chaque sismologue a le sien.

Et non, ce n'est pas une question d'ego. Sur ce plan de la géologie, je suis vraiment modeste, je continue mon petit bonhomme de chemin d'apprentie dans les cailloux, le soleil et le bonheur le plus lumineux, je n'ai pas envie d'aller très très loin, juste d'être, à un moment, utile. Avant la fin de ma vie.

Ce n'est pas non plus que je veuille m'approcher des spécialistes à peu de frais, et que je ne sois pas prête à faire tout depuis le départ, obstinément, patiemment, acquérant un à un les savoirs faire dont j'ai besoin : marcher longtemps (c'est le plus dur pour moi), reconnaître roches et minéraux dans la nature et au microscope, comprendre les articles de recherche, cartographier, comprendre vraiment ce qu'est un sismogramme, maîtriser les compétences de maths et physiques nécessaires, connaître les failles de ma région et leur capacité sismogène etc. etc. Non, ce n'est pas cela. Cela, je suis prête à le faire, je le fais.

 

C'est juste que, avec un gros soupir, je m'étais résignée à avoir l'Everest, là, de l'autre côté.

 

Pas Olympus Mons.

 

 

Le 2 avril 2014 : en fait, ces séismes, groupés en deux vagues, et allant jusqu'à des magnitudes de 6 ou 7, peuvent être maintenant, je suppose, appelés précurseurs. Le premier avril, en effet, gros tremblement de terre de magnitude Mw 8.2, lui aussi, comme mon séisme bizarre, situé à la convergence entre les deux plaques, et lui aussi avec une composante décrochante, mais dans l'autre sens (rééquilibrage des contraintes?). Tsunami, mais modéré, des morts quand même et des dégâts. Je répertorie dix-huit répliques et pas de faible magnitude, autour de 6 encore...

Le 3 avril, une "réplique" de 7.6, appelée aussi deuxième choc principal.

 

 

 

 



27/03/2014
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