L\'Insoluble

L\'Insoluble

Dessin

Je te dessine encore, avec ma tête, avec mes mains.

Et voici que non, dans cette image tu n'es pas si doux qu'ailleurs, pas comme cet adorable visage qui regarderait son enfant dans le sommeil, et qui lui donnerait dans les yeux sa tendresse. Sa vulnérabilité.

Tu n'es pas vulnérable, sur mon dessin.

Pour la première fois, essayant d'esquisser ton profil, je dessine la longue et fine ligne de ton nez. Je ne dessine pas ton regard, il me faudrait une thèse, une HDR, toute une vie d'articles et de livres.  Et s'il fallait les mots qui s'échangent dans cet azur intense, aujourd'hui fatigué, corde prête à se rompre, je ne ferais plus que ça de l'aube à la nuit noire.

Pudique, je m'arrête aux épaules, aux bras, au torse, aux flancs.

J'essaie de saisir la différence, ce qui fait que dans mon dessin tu n'es pas doux, moins, pas vulnérable, ou alors seulement vulnérable à l'épuisement ou au désespoir.

Je ne devrais pas: c'est en me posant ces questions que, machinalement, j'ai tracé les lignes des étoffes, l'une beige, ou grise? l'autre foncée. Claire l'extérieure, sombre l'intérieure, deux étoffes l'une sur l'autre, dont la rencontre me bouleverse. Comme si de tracer la première faisait désirer la seconde, puis on voudrait aussi atteindre la peau, la douce peau entre le bras et le cœur.

Sentence de l'étoffe de me vouer aux tourments éternels.

Alors seulement je termine de dessiner, avec ma tête, avec mes mains, et je pose ma feuille, dans la sorte de paix qui suit un recueillement.

Pour la reprendre un autre jour, sous ton regard.



14/02/2014
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