L\'Insoluble

L\'Insoluble

sans voiture



Il y a quelque chose de changé au royaume de Danemark.

 

Chaque fois que j'ai cours, je vais et reviens à pied à mon travail. Depuis 2004, les pieds sont le moyen le plus pratique, le plus court et le moins dangereux pour se déplacer, dans l'immonde chantier qu'était devenu Nice ces derniers temps. Si l'on n'a pas peur des gravats et des failles subites dans le goudron des rues.

Seulement voilà : le tramway arrive enfin ! Petitement, timidement, mais il arrive.

Les rues se sont soudain éclairées, les places font peau neuve (ah la nouvelle Place Masséna, quelle pure merveille, espace qui relie entre les deux Nice, la prestigieuse et la populaire, lien entre le montagne et la mer, entre la richesse et la pauvreté, surface de blanc et de clarté). Les grandes avenues sont devenues piétonnes, beaucoup, et en particulier le grand axe Malausséna/ Borriglione, en partie du moins.

Bref bref, quand je passe aujourd'hui dans le  jardin de Thiolle, y a plus de voitures, mais y a plus non plus de travaux. Ya rien, quoi.  Le bonheur.  Enfin rien, je veux dire plus cet interminable flux de circulation pressée et stressée des voitures, plus cette foule énervée et qui a peur qu'on lui marche dessus avec des pneus, plus quelque chose d'indicible qu'amène un nombre important de voitures : l'énervement et le danger.

Seules d'élégantes rames neuves d'essai, impeccables et vides, passent majestueusement au milieu sur leurs rails en faisant dong dong, mais elles ne sont pas très impressionnantes, seulement très douces à voir.

Et je marche dans le très beau jardin public de Thiolle. Et tout à coup ça me frappe, il y a quelque chose de pas normal. A ma droite, un groupe important de petites vieilles partagent des gâteaux en discutant sur des bancs, au soleil (fait encore 27 degrés tous les jours, mille sabords, pfffff…), à quelques centimètres la population « normale » du jardin public, c'est-à-dire de jeunes mères de famille avec leurs nourrissons en landau et leurs trois quatre ans,  mais il y a aussi plein de pères. Déjà, tout ça discute ensemble, c'est bizarre, les petits avec les vieilles, les mères avec les pères, les pères avec les grands-mères et arrière grand-mères.

Encore quelques centimètres et je tombe sur plusieurs familles au complet, des aieux aux fœtus, plusieurs fois une bonne quinzaine de membres, en train de…oui de pique-niquer dans le jardin, ou alors c'est vraiment un grand grand goûter. Et tout ça sourit, rit, parle dans diverses langues, du niçois à l'arabe en passant par le portugais (je crois) et le tchèque (je crois aussi), et tout ça SE PARLE, se partage des gâteaux (les petites vieilles prennent toutes les occasions pour s'approcher)

 

Ah, ça alors ! il y a vraiment quelque chose de changé ici. Jamais encore je n'avais vu tout cela, ces gens qui se parlent avec le sourire, ce calme, cette sérénité, jamais je n'avais encore senti dans Nice cette chaleur de partage, cette communication.

 

Et tout ça parce que,tout simplement, les voitures ont disparu…









24/09/2007
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