L\'Insoluble

L\'Insoluble

Thomas Hardy

De George Eliot, je suis passée à Thomas Hardy. Linguistiquement, c'est un soulagement car, bien que du même siècle, l'anglais de Hardy est bien plus facile que celui d'Eliot.
Jude the obscure, The return of the native, Tess of the d'ubervilles, the woodlanders ...
Ce sont vraiment des livres magnifiques, épais, profonds, creusant dans la nature humaine, ses rapports avec l'amour, la mort, le déroulement tragique des existences. Et je me surprends en les lisant à réellement COMPRENDRE des choses que je ne comprenais pas auparavant, chez des êtres proches. C'est très étonnant.

Le maire de Casterbridge est l'un des plus tragiques dans la forme, au sens grec. Un destin fatal qui conduit un être à vivre exactement ce qu'il mérite, et ce qui est dérivé de ses propres actions. Et un être qui, il faut lui rendre cet hommage, sait assumer les responsabilités entières de ce qu'il provoque, même si cela lui apprend très peu à réellement changer, et s'il continue à délibérément et obstinément massacrer tout ce qui est bien autour de lui.

Dans ce livre, un personnage incompris, je trouve, celui de la discrète Elisabeth-Jane, sorte de narratrice par voix interposée, que parfois les critiques jugent mal, parce qu'elle ne s'impose pas, n'impose rien, de détruit rien et a le mauvais goût de vouloir absolument recevoir et donner de l'affection.

C'est quand même elle qui a le dernier mot, sublime, de ce grand et long livre :

Son expérience était du genre à lui avoir appris, à tort ou à raison, que l'honneur douteux de notre bref passage dans ce monde malheureux ne méritait guère d'effusions enthousiastes. Même lorsque le chemin, à la moitié de sa vie, était soudain éclaboussé comme le sien par un magnifique rai de lumière.
Sa ferme impression que ni elle ni aucun humain ne méritait moins que ce qui lui était donné, ne lui dissimulait pas la certitude que de très nombreux êtres recevaient bien moins que ce qu'ils méritaient.
Et tout en se considérant comme privilégiée, elle s'étonnait sans cesse de l'imprévisible, elle qui, maintenant dans une sérénité sans faille, était le même être à qui l'existence avait appris que la joie n'était qu'un épisode transitionnel dans le drame général de la douleur.


(The Mayor of Casterbridge, T. Hardy, Oxford University Press)





28/09/2008
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