L\'Insoluble

L\'Insoluble

Par le Silence Investi des oiseaux (extraits, publication)


(L'endroit où je travaille actuellement est très privilégié, il est entouré d'un grand parc méditerranéen, planté d'oliviers, d'agrumes et de multiples essences qui attirent  les oiseaux. L'hiver, vers  l'heure où traditionnellement nous terminons les cours, et de plus en plus tard à mesure que la saison avance vers l'été, des milliers d'oiseaux se rassemblent et conversent très longuement, et bruyamment, de l'autre côté de mes fenêtres. Puis, à un signal mystérieux, se taisent tous ensemble, soudainement,  complètement. Le silence qui suit est extrêmement impressionnant, et investi d'une sorte de magie difficile à expliquer, mais que comprendront tous ceux qui écoutent eux aussi , tous les soirs, ce rituel d'endormissement des oiseaux.

Ces extraits du recueil "par le Silence Investi des oiseaux" paraîtront dans la revue Triages n° 20 de juin 2008. Merci très chaleureux au grand poète James Sacré de les avoir choisis pour moi et proposés au comité de lecture, démarche que je n'aurais peut-être pas osé faire de prime abord.)







je retiendrai ce nom de ma tendresse et mon amour
je dirai très exactement que tu bouges
dans cette dimension incarnée d'une épaule
et je ferai je ferai complètement tout à fait ce qu'il faut pour ne plus te dessiner
à faux à froid comme une entaille des échecs surprenants

je dirai je dirai très exactement que tu bouges
et je dirai que cet arbre éployé qui se penche en avant sur le mur
se regarde comme
le plus bel arbre jamais découplé sur mon papier de croix
et comme l'eau exagérément verte
et aussi comme l'eau exagérément verte

et je te dirai, moi, qu'on ne dessine pas le vent


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de loin mon sang est invisible
un météore
autour des phrases
les pauvres
frêles attentes mêlées d'oraisons
les cheminements se taisent
au dedans sur les contours des paupières
on regarde la mer démontée
comme un astre

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bleue, perte plus grise qu'océan
je dois plier cette épaule, je sais
l'éclisse est décalée de fauve
ma peau tremblement de chaleur


(son corps avait l'odeur des arbres jusqu'à l'éveil)

 

je résonne
un envoûtement part sur le cercle armé de ma chair
serre la poudre des bourrasques
et l'eau recouvrant toute étoile


(il m'était difficile de garder son pas dans les mots de l'entaille)

 

plissées de fruits amers, écorces vides
des femmes étaient simples dans leur peur
le ciel d'éclairs sur une épaule
comme la litanie des matins

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ce n'est pas très précisément comme le désespoir non
même si une intensité se construit à regarder où je serais seulement là sur l'autre dune
ce qui n'est pas encore l'océan mais presque
ensuite alors dans le plus large entre les ailes d' huîtriers
leurs minuscules cailloux précieux touchant les chevilles
et l'instinct sombre d'animal qui les protègerait sans même penser
entre les architectures temporaires de lignes qui se déferont grises et touchées de rouge sur le sable

c'est là qu'une très jeune femme sur des couleurs pastel de cheval et de crinière galope
vraiment très près de l'écume
il est dimanche au nord de tout

je ramasse tu vois ce qui me reste d'enveloppe
mais il est une si vaste douleur de t'aimer
comme si la chair et l'aube tordaient le froid dans une entrée insupportable
et détachée

puis se dépliant finalement toutes les nécessaires étoffes
pour toucher ce qui est tien qui ne met pas d'appellation
qui permet juste au bord de l'eau
embrassée de sueur
mon humilité de marbres et de feuilles


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je vais seulement dire que je tremble
voilà c'est bien ça je tremble
comme une ancienne vitre résonnante
avant la baie des anges vers son Est
on dirait bien qu'il y a du sable
une inconsidérée brûlante immensité de sable
et très franchement la splendeur est si profonde
en ces monceaux de bleus différents de lampes d'or
de festins des branches si vertes des arbres
comme à Bordighera si profonde
qu'on peut ranger un daltonisme une méfiance
boire sans recompter les jaunes verts indigos de la mer
la mer toujours foulée jusqu'au mât toujours embrassée
toujours la mer aimée finalement
depuis ses dunes



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bientôt je passerai sans douter vers l'autre lieu
le champ d'écume en bas se recompose en des contraires
ça bleuit de noir dans le ciel
les mots se sentent de moins en moins appris

l'immanence du lien comme à sa source
refait son éternité


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je le suggère tout ça n'est qu'un ample passage

au début se lève un homme dans le champ

par éclair de chaleur

et quand la clarté n'est plus

mais autre chose

je poursuis -comment- mon ignorance

un intervalle vide entre les mots

entre pensées

un intervalle

 

et là

grande comme une obligation je m'appelle chercheur de clefs

comme un épuisement

je passe

et lentement revient l'éblouissement de l'eau

 

oui

 

lentement revient l'éblouissement de l'eau


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Isabelle Servant






(Revue Triages :

Rue du Fort

36170 Saint-Benoît-du-Sault)


 




 



08/04/2008
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