L\'Insoluble

L\'Insoluble

Le Chemin Absolu

Le Chemin Absolu

 "Dans le livre de ma mémoire, dans cet endroit qu'on ne peut lire facilement, est ce chapitre, qui annonce : Ici commence une existence neuve"

(Dante, la Vita Nuova)

 

j'ouvre ma fenêtre

 

je t'écris cela j'ouvre ma fenêtre

 

et ensuite comme je suis penchée sur le bois dur

 

et mon regard au-delà des arbres vers ta maison

 

-leurs ramées oui leurs ramées longues d'autochtones

 

un peu vert sombre-

 

une sorte de frange de lumière descend tout le long

 

et se retourne en même temps comme une forêt d'eucalyptus

 

 

 

un éclair bleu et la lourde couleur des feuilles

 

un puits d'eau claire sur l'encre blonde des nuages

 

 

 

c'est comme ça que tu es pour moi

 

je te l'écris c'est comme ça

 

      1.

 

un portail d'univers avec des géophones

mes battements de corps

perclus lisses éblouis

(épanouis ruisselant)

 

mais un moment plus tard dans le silence jaune

un moment doux venant

de ton antre obstiné

 

entre l'Homme de Sable

 

 

2. La colombe d'acier de la source.

 

tout sismogramme est une forme d'appel

où l'on écoute un versant du matin, lueurs solaires

infinies glaces de Boucherville faisant des rêves

comme des oiseaux des mers traversant vers Sophia

traversant ton regard  traversant cette longue glace infinie

sanglante, épurée, sanglante

qui est le versant du matin

 

 un son blanc de guitare

avec cette forme calme de rivière et puis tangible

avec des vagues, avec des froncements dans le regard,

transgressant nos glaces d'oiseaux des mers

devenus par nature lueurs

 

et dans le sismogramme

 

la colombe d'acier de la source

 

 

3.

 

dedans je ne vois rien

ni tes mains ni ton regard

(même mes larmes)

pourtant c'est un beau navire

posé dans la chaleur des arbres et le ruisseau

mais il suffit que tu sois là dans ses voilures

pour que je marche

près d'une lampe silencieuse

précautionneusement allumée

 

 

4.

 

 

et puis dans la nuit mauve j'ai ce geste élastique

 

 ondulations de pente entièrement de tige longue et effilée

disséminée de fleurs

 

et c'est bien toi que je regarde ou je traverse

toi que j'espère au premier ordre

au sens premier des sources

 

toi le visage enluminé de la grandeur du soir

 

 

5.

 

ou bien encore sur quelle route?

 

après la sarabande une lente approximation de la mort

un bonheur fauve inadmissible impénétrable

ouvrir ou fermer des paupières, dans mes larmes

ou bien

ces oiseaux loin dont les vecteurs se croisent vers l'horizon

(mais pas vraiment)

ou bien les mousses d'après les pluies devant Sophia

ses interstices, enfin ce qui est réellement Sophia : sa terre humide et ses calcaires

les argiles les feuilles des chênes et le soleil à travers leurs branches

(mais ne l'est pas non plus tout à fait)

comment peut-on se sentir seule même avec toi qui penses

et même là dans cet aride espace où les traits de ton âme

ont pris la courbe de tes mains, la pâle couleur du miel, la géométrie des moissons

(mais ne le sont pas tout à fait)

?

sinon que dans Sophia est ce qui dit tragiquement

sublimement

la projection désenclavée d'une faille

(mais n'est pas que cela)

    

     6.

c'est comme ça, tu sais,

je ne choisis pas

 

s'établit la structure du pacte

superstructure de chaleur

oui exactement

comme ces plumes, pailles, brindilles, mortiers

sur les empans de pierre sèche

et tu ne peux les détourner

 

autant demander au vert de changer d'onde

à la source de ne pas être

à l'antre du foyer de publier sa profondeur

 

 

7.

 

ce n'est pas moi qui prends la hache pour ces empans de joie

pour les réduire en sable pas moi que ça déchire ou ça torture, mais,

à toi que je regarde

et que je mets toujours au plus loin dans mes poches comme irrigué de jaune et de chaleur

(ainsi Mathieu ses livres)

à toi je jure que le monde sait briser tous les os, faire

que les ancres se soient dissoutes

mais que tu es de toutes cordes la seule attache de mes mains

 

 

8.  (Pour Stormy) 

 

mon amour mon coeur

tu me disais qu'ils savent

 

-ils savent-

 

tous ces êtres d'écoute et d'yeux penchés

tous ces univers de plumes et d'eau

d'air de serpentine et de landes

à l'entrée rouge de Glen Isla

 

et ce matin sur Sophia même

sur la très longue pente des arbres à Sophia

voici que ton regard rejoint

l'or pur des cheveux de son âme

 

et que je vous contemple comme si,

deux hommes se rejoignant,

vous aviez unis vos mains d'ans l'étreinte

 

 

 9.

 je regarde ton arbre
il n'est pas vraiment ton arbre
il te ressemble
dans un coin bleu de la nuit
lancé comme ça vers le haut, déterminé
impitoyable

et en même temps avec ces feuilles douces
qui me regardent
moi sur le sol
qui pense à toi

 

10.

 

ça ne finit jamais
jamais
ça semble être au droit bout de la terre


et puis le blanc de la maison
avec des tuiles et puis
(là on jouait dessous le porche)
et puis l'endroit d'une guitare électrique
versant une envie de vivre
partager avec toi ce fruit
être seulement dans le soleil

 

 

 11. Nothing else matters.

 

j'ai seulement le poids d'un couloir sombre celui qui perce ma souffrance
ton regard sur l'épaule
et t'avoir entendu parce que tu es la source,
que tu parles si peu

tu as touché ma peur pour que je voie l'étoffe noire
tu as penché la tête
tu m'as donné tes armes

je t'ai seulement dit que les paroles
arpégées dans le calme,
qui ne partiront point,
celles qui restent,

rien d'autre n'est important

 

12.

 

le rêve plié dans ma maison

je ne sais plus s'il est tout à fait mien

ou bien s'il est à toi aussi sur ma poitrine

et s'il trace des larges mots sur l'univers

avec ses lèvres

pour que je le lance vers le ciel

et le regarde

 

oui bien sûr oui

il se trouve que c'est mon rêve

il partage un endroit sur les seins dans le foyer

puis dans la trame des séismes

ça porte un coup puissant sur le ventre

un rêve de si grande amplitude

et de sang contenu

faisant la peinture d'une faille rouge

avec soleil entre les pluies

et lames grises de diamant

 

je voudrais juste lui demander

(quand c'est autre chose qui me rend triste)

je voudrais voir s'il ressemble si bien à toi

en appuyant sur ton flanc d'homme

et qu'il se creuse très lentement dans tes gestes

un autre jour de mes espoirs

qui porterait le blanc chemin des tendresses

 

  13.

 

 

debout, marchant, comme un livre de guerre

au moment même où la tension se décharge orage électrique empli d'éclairs sur les hauteurs

pour une fois démasqué moi pour une fois démasquée

suspendue aux souffles des chênes, étouffant

s'étouffant l'un l'autre dans la clarté des blessures

c'est très bleu et simple ce long rejet de la lenteur

nécessaire, évolutif

c'est la perfection faite chaleur faite source faite épuisement

faite refaite se redisant se refaisant

 

ce que je dis :  c'est la guerre

 

et puis

et puis là, de passer

dans l'antre blanc de la douceur

 

 

 

 

  14.

 
j'envisage le ciel le monde et tout l'espace

les failles, les projections, le va-et-vient de la terre quand la terre s'éveille

je les envisage comme ces lignes si douces et si pures

ces lignes accomplies de l'affection

et tu vois :

 

il n'y manquait que le bleu du regard sur l'image

le portrait dans sa grandeur était écrit si fin et si limpide

qu'on était seulement posée

par conduction sur la chaleur des dolines et qu'il faisait beau

 

et c'est ainsi

comme ça

pas autrement

avec mon inquiétude

avec ma dévotion  mon aridité et ma force

que mes deux mains effleurent le paysage

 

de ton visage

 

 *

 

Elle est paisible ta maison, celle que j'ai en moi et qui me garde. Elle a des fulgurances aussi, dissimulées, un psaume interminable de chant qui ne s'embarrasse pas de principes  et où la géométrie des failles ne vient pas à la hauteur d'un souffle qui serait passé entre nous à la faveur du vent. Où l'espace est redit avec autant de courage qu'une main sur la peau ou des lèvres appuyées sur des phrases.

 

Elle est paisible pourtant, douce pourtant, même après la lutte et même après l'averse et le brouillard.

 

C'est la paix de la pluie et de la transhumance vers la prairie où, les dieux ayant vu mes prières, les troupeaux de mes rêves s'endorment dans le couchant du ciel.

 

 

21 juin 2014

 

 

 

 



31/05/2014
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