L\'Insoluble

L\'Insoluble

Pensées

Les vagues : d'ennuis et de problèmes, de guerre et de destruction, de froideur et de non-amour, de peur et d'angoisse, de solitude et de frustration, de fatigue et d'épuisement...

Les vagues ne s'arrêteront jamais.

La seule chose qui peut s'arrêter, c'est moi, quand elles me traversent.

Etre immobile dans la chaleur. Et le calme. Et la confiance. Et les laisser me traverser.

 

xxx

 

L’idée de toi est une odeur, une couleur, une saveur. En réalité, ni l’une ni l’autre ni la troisième, un autre sens il me faudrait pour cette réalité, belle et dans toute l’échelle des ondes.

 

xxx

 

Comment peut-on mettre dans son regard : tu es libre ?

 

xxx

 

Comme une faille, je romps dans les deux directions à la fois. Froid, peur, s’engloutir et n’avoir comme garde-fou, unique, seul : la confiance. Jusqu’à l’épuisement.

 

xxx

 

Hélas, je connais cette particulière brillance. Mon cœur se serre à l’hypothèse des larmes. Nous ne sommes pas vêtus comme d’habitude, et c’est ainsi que toute entrée vers le possible nous rappelle ce à quoi nous nous devons, et que nous abandonnons avec douleur.

 

xxx

 

(Pudique, je m’arrête aux épaules, aux bras, au torse, aux flancs. J’essaie de saisir la différence, ce qui fait que dans mon dessin tu n’es pas doux, moins, pas vulnérable, ou alors seulement vulnérable à l’épuisement et au désespoir. Je ne devrais pas. C’est en me posant ces questions que, machinalement, j’ai tracé les lignes des étoffes, l’une beige, ou grise, l’autre foncée. Claire l’extérieure, sombre l’intérieure, deux étoffes l’une sur l’autre, dont la rencontre me bouleverse. Comme si de tracer la première faisait désirer la seconde, puis on voudrait aussi la peau, la douce peau entre le bras et le cœur. Comme si c’était la sentence de l’étoffe de me vouer aux tourments éternels.)

 

xxx

 

Il est tout à fait possible, que ce qui est pour moi d’une clarté infinie, ne le soit pas du tout pour les autres.

 

xxx

 

J’ai ressenti sur l’espace jaune comme une vibration. Répondre par des actions à mes paroles.

 

xxx

 

Dimanche est la journée des doutes, des réexamens, des intenses rêves. Mais dimanche est aussi la journée des possibilités.

 

xxx

 

Aujourd’hui, la date a changé. Pour la dernière fois. Archives transférées, ce n’est plus, plus jamais ici qu’on regardera les événements. Ils ont été séquestrés ailleurs. Je note l’importance des dates, comme celle où m’a été échu l’honneur d’une épigone. Mais ne pas se méprendre. Il y a bien deux personnes dans cet être-là. Et je les aime différemment. De toute façon, qui me montrera clairement le sens de ce mot, aimer ?

 

xxx

 

L’impression, ici, d’avoir évidé quelque chose, ne gardant que le plus important, la structure. Ou au contraire, d’avoir préservé le noyau. Mon attitude est différente, moins humble, plus facilement comblée par la seule présence. Plus engagée dans une danse. Mais aussi une inévitable aventure de la pensée.

 

 

xxx

 

Je suis maintenant déposée sur les berges du fleuve. Une naissance. Mais qu'est-ce que cela signifie exactement, de manière opératoire, d'être déposée sur les berges du fleuve? Est-ce le début d'une suite d'actions vigoureuses? Ou le sentiment découvert que nous avons vraiment très peu de libre arbitre sur notre vie, et que ce n'est pas la question importante?

 

 

xxx

 

Mais quelle est donc la question importante ?

 

Hypothèse : celle qui prescrit de connaître ma nature, et ma fonction. Sachant que je ne peux que très peu modifier ma nature, seulement la décrire avec réalisme, de manière à ce qu’il me reste un minimum de libre arbitre en ce qui concerne la direction de ma fonction.

 

Sachant que, par exemple, si je suis destinée par ma nature aux interstices, à être un lien, à mettre ensemble des choses, ou des gens, à être un médiateur, je peux être une sorte d’accompagnante pour des jeunes.

 

Sachant que par nature je ne suis ni dominante, ni dominée, que je refuse toute autorité que je ne trouve pas légitime, mais que je suis capable de m’attacher à une autorité que je reconnais, je peux dans ma fonction évoluer fortement dans la situation d’apprentie, pour peu qu’un maître d’apprentissage l’accepte.

 

Sachant que toute liberté m’est sacrée, que je respecte toute personne aimée, que je préfèrerais tout plutôt que de la diriger, ou d’être dirigée, je reconnais que tout amour est difficile et problématique. Et pourtant la communication que donne l’amour est nécessaire, je ne peux vivre sans elle, au premier sens du terme.

 

xxx

 

Ile dit aussi : « J’écris de la bonté lointaine des étoiles »

 

xxx

 

 

Bien sûr, de la lecture naît le doute : quels sont mes arguments exacts pour être ainsi péremptoire sur ma nature ? Elle ressemble à une image d’Epinal. Interstices et lien, non dominance, liberté et respect. C’est très bien tout ça, très vertueux. Mais je me rends compte que le principal argument est la souffrance. Que vivre dans les interstices m’a été imposé, avec peu de gratification, que je ne suis ni dominante ni dominée parce que mon inné me commanderait plutôt d’être dominante, et mon acquis est d’avoir été dominée, brutalement, et que les deux me font horreur. Que j’en ai tiré une soupe primordiale dans laquelle j’ai modelé la seule place qui m’est finalement possible, que je mourrais plutôt que d’abandonner.

 

 

 

xxx

 

Un souvenir. Le Jeune Homme est très bon, de l’autorité, de l’humour, de la clarté. Quelque chose m’intrigue, je ne sais pas quoi, puis je comprends. Il me fait penser à toi, et c'est probablement délibéré : avancer masqué ; le comportement du corps, rapide, calme pourtant, un paradoxe, présent et plein ; des explications longues et claires, la faible intensité de la voix. L’imitation est bonne !!

Mais je vous compare, et la comparaison n'est pas à son avantage : la voix est faible, mais le Jeune Homme le fait exprès. La tienne ne sort qu’après, on le sent, une longue réflexion, c’est ainsi qu’elle perd parfois de l’énergie. Idem pour la lenteur, artificielle, la tienne est seulement choisie, pour dominer ta vulnérabilité, ta sensibilité. Alors que le Jeune Homme a la vulnérabilité d’un rhinocéros et la sensibilité d’une cuillère à café. Enfin, voici l’inimitable, ta passion pour ce que tu es en train de raconter.

 

Le Jeune Homme, hélas, ne sait que faire semblant.

 

xxx

 

Souvent l’impression d’être dans un panier de crabes. Femmes ne me portant pas dans leur cœur parce que mes attitude, apparence, sont différentes. Quelques baudruches gonflées de vent et de leur propre importance. Des tombereaux d’hostilité et d’épaisseur de glace. Mais je m’en fiche, et je sais bien pourquoi. De toute façon, la compassion est la plus forte. Dans quelle galère nous sommes engagés, tous autant que nous sommes ! Femmes, baudruches, hostiles, moi. Et peut-être qu’ils n’ont même pas toi à aimer, les malheureux.

 

xxx

 

Des fois, je suis fatiguée d’être constamment sur ton terrain.

Des fois, j’aimerais être sur le mien.

 

xxx

 

J’ai toujours fait une différence essentielle entre relation physique et relation intellectuelle, cela me paraissait approprié.

 

L’échange d’idées entre deux personnes est une excitation, une stimulation, peut parfois créer des émotions durables, mais elle reste éloignée du corps.

Mais je me trompe, je crois.

 

Le frottement de pensée et d’expression de cette pensée entre des personnalités, des personnes, a un effet imprévu sur leur relation, un effet très constructeur, et je suis épatée finalement de notre capacité à bâtir des liens forts à partir d’expériences dans la durée : les voix, les mots prononcés qui sont de vrais messages sonores, mais pas seulement, qui ont en quelque sorte d’immenses coulisses derrière la scène sur laquelle ils sont dits, les comportements et gestes corporels qui les accompagnent.

Même si les gens en présence sont entièrement et complètement déterminés à rester dans ce domaine intellectuel, ils se plantent tout aussi entièrement et complètement.

 

 

Je découvre avec stupéfaction que l’intellectuel pur est aussi une relation physique.

 

xxx

 

"If you show someone some poems you have written, you give them a sharpened stake, lie down in your coffin and say 'When you're ready'" (D.M.)

 

Then again maybe nothing happens, and that's the worst of the worst

 

xxx

 

 



13/10/2015
0 Poster un commentaire

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 11 autres membres