L\'Insoluble

L\'Insoluble

Les mots de Claire


y a des soirs comme ça, où je préfère les mots de l'écrivain Claire Legendre aux miens, nettement, et y a quelques professeurs de linguistique et informatique qui feraient aussi pas mal de s'en inspirer, je dis ça comme ça  :



"à force de tourner autour du pot, de commenter la rhétorique, je ne dis pas l'essentiel. Pourquoi? (comme dirait l'autre) J'avais tendance à croire que l'essentiel allait de soi. Je pensais que les gens allaient voir ce qui me crevait les yeux. Combien de fois, on s'est dit : ça y est, il a dérapé, là, les gens vont voir, ils vont comprendre. Pour la racaille, pour le kärcher, pour le "tu l'aimes ou tu la quittes", le ministère de l'immigration et de l'identité nationale, pour le gène de la pédophilie, pour le bouclier fiscal, pour mai 68, pour le slogan du clip de campagne "le travail, c'est la liberté", traduction quasi-littérale de "Arbeit macht Frei"... Et à chaque fois, le lendemain, sidération en découvrant les sondages, les français sont d'accord. Les belges ont compris, eux qui ne sont pourtant pas spécialement de gauche, mais les français, ils croient encore que les heures supplémentaires vont relancer l'économie, et leur permettre de gagner plus. Combien d'entre eux vivront vraiment mieux? Pas les ouvriers, pas les chômeurs, pas les étudiants. Pour tous ceux-là, la vie sera encore plus chère, encore plus dure. Ils le comprendront peut-être à l'usage. Je ne l'espère pas. Mais entre-temps, combien d'années gâchées? Combien de nos valeurs humanistes irrémédiablement sapées? Combien de haines attisées? Combien de bagnoles brûlées? A quelle heure le couvre-feu?
A ceux qui ne veulent pas voter, ou qui veulent voter blanc, ceux qui ne veulent pas se salir les mains, parce que Ségolène n'est pas assez de gauche (et moi aussi je l'ai pensé, je l'ai crié, je l'ai écrit), parce qu'elle est trop rigide ou trop belle (j'en connais, des femmes qui auraient bien voté Ségolène si elle avait ressemblé à Angela Merkel, pardon de le dire), parce qu'elle parle comme une maîtresse d'école, parce qu'elle n'est pas au point sur les chiffres, parce qu'elle discute avec Bayrou, ou parce qu'elle est soutenue par Laguiller... A tous ceux-là, dites-leur que c'est une question de confort, de responsabilité, de moyens. S'ils peuvent se le permettre, c'est que ça va bien pour eux. Qu'ils n'ont pas trop à craindre. Ni pour leur liberté, ni pour leur subsistance. J'en connais d'autres qui n'ont pas ce privilège. Pour qui c'est une question de survie. Ceux-là, en vérité, ne peuvent pas se payer le luxe de faire gaffe à la couleur de leurs mains. "

 



06/05/2007
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