L\'Insoluble

L\'Insoluble

Le désert

 

Expliquez-moi comment c'est possible de se retrouver dans un désert, ici, entre le Rhône et les propriétés snobs du Luberon, entre les foules qui sont à Avignon pour le festival, les foules qui sont au marché du samedi matin, et les foules qui de manière générale imprègnent la Provence du 1er mars au 30 octobre et encore je rétrécis l'espace des solutions…

L'oiseau de proie glisse et passe comme une ombre avant que j'aie pu l'identifier, mais il n'est pas terriblement gros, une buse peut-être. Hey, buse, envie d'appeler. En tout cas, je marche seule au milieu de tous ces indicateurs de garrigues, crissements des cigales, swousssh swoussh du mistral, collection des plus variés morceaux de silex jamais vus concentrés au même endroit, éboulis, odeurs fortes de thym, petits chemins de chasse étroits dans l'obscurité qui font que j'ai tendance à porter du bleu vif et pas du noir, pour une fois, même si la chasse est loin d'être ouverte. Je me méfie de mes concitoyens.

Pas loin d'un amandier perdu au bord du sentier, un endroit plein de roseaux, non loin des ruines de pierre sèche. Il y a de l'eau ici, dessous, il suffirait de la trouver. Quelques interrogations sur la couche visible du sol, argile ? la nappe alors ne serait pas libre, mais est-ce que ça permet quand même aux roseaux de planter loin leurs racines ? L'amandier est couvert d'amandes, je me dis que c'est un peu tôt pour les cueillir, mais tout a de l'avance cette année, les grenades seront bientôt comestibles, c'est pour dire.

Même si c'est seulement pour penser à autre chose que la sismo ou l'accompagnement de la sonate de Brahms que je suis venue ici, le plateau des Benoîts me prend à la gorge, et sa grandeur. Vu le contexte,  je devrais avoir envie d'entendre du galoubet,  et sortir avec la fierté des autochtones mon beau tambourin sculpté en noyer de Jean-Pierre Magnan, le Pèlerin. Mais c'est Harvest qui revient, certainement parce je l'écoutais en boucle, déjà vieil album pourtant, dans les années 77, quand nous montions manger le soir ici. Je confectionnais des tartes à l'oignon, il y avait des melons et des pêches, et on regardait du haut des Benoîts en se disant que les romains, à l'époque, avaient dû retrouver ici quelque chose qui ressemblait à leur pays.

Old man de Neil Young, c'est pile, exactement, la musique qui sort ici des pierres, dans la chaleur et le vent. Le désert des collines.

Neil Young chante comme une grange qui s'écroule, dit Jace dans Black Swan Green, mais sa musique est géniale.

https://www.youtube.com/watch?v=a_pru77ZsGE

 

 



24/07/2014
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