L\'Insoluble

L\'Insoluble

Notes en bas de page- Un Vecteur Magnétique

 

NOTES EN BAS DE PAGE

 

 

 (à la manière de J. Bertin)

 

Chanté parlé sur les accords Gm-Bb-C en boucle

 

fin "La lampe est posée en silence" Eb Bb Db Ab    Eb Db  Ab Gm "

 

 

il y a sur le net aujourd’hui beaucoup de morts

on a repeint des statuts comme un stade

bleu rouge et blanc  sur une étoffe qui disparaît

le rouge sang comme une émotion de commande

comme la peur carmin de la foule

on nous demande encore des larmes et des cris

on nous demande de ne plus penser

alors que c’est la seule chose encore raisonnable

au fil des secondes où nous allons vivre

avant qu’on nous ait poussés très fermement vers la porte

et que la porte se soit  lentement close mais trop vite

 

ma force s’écoule à mesure des lignes

percole à travers les failles et s’épuise

comme un flambeau éteint mais bien trop vite

je voudrais par-dessus tout un monde lent

 

 

il y a sur le net aujourd’hui beaucoup de morts

et sur le stade une herbe infiniment triste

le lieu où je vais est toujours beaucoup trop froid

j’y meurs petit à petit d'indifférence

mais il y a eu l’illumination de la pièce quand tu entres

et maintenant l’abîme entre les pierres s’efface

j’essaierai de vivre jusqu’à la fin

 

la lampe est posée en silence

je la tiens vivante avec précaution

 

elle reste allumée malgré tout

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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UN VECTEUR MAGNETIQUE

(looking North)

 

 

 

 

ma maison est blanche comme le manteau des gelées

puis elle est bleue comme un regard

quand on regarde l'autre ennuyé tout près de l'eau

brune comme les arbres

orange comme l'écorce

elle est rouge comme le sang du moustique

noire comme une royauté dans l'hiver

et elle est d'or comme sa chevelure

près du ruisseau qui est miroir des eaux du ciel

 

xxxx

 

 

Un vecteur magnétique se projette à la fois vers le haut et sur l’horizontale, où il donne, intermédiaire, un vecteur en deux dimensions. Qui se projette à son tour. Dis-moi pourquoi ces mots d’un autre champ s’égrènent. A proximité de mon souffle. Pourquoi la route est indécise. Pourquoi nous avons tous peur. Pourquoi l’épuisement. En attendant, la maison se construit pierre par pierre, salvation des terreurs, lumière des corridors bouchés.

 

Tu es dans un des bâtiments.

 

Où je te trouverai. Aussi sûr que le Nord ma boussole.

 

 xxxx

 

essaim de tes présences

hallucinant ton corps

où sur ta peau blanche

des voyageurs d’après

s’installent dans la nuit

chuintent leur prière

et portent une lampe de soie

au coeur des vallées excentriques

 

 

 xxxx

 

j'ai pris la route large et claire

      le chemin droit qui suit le jour et dans les lignes des arbres

          sur les murs pâles des gypses

j'ai vu à l'intérieur comme une image de tes bras posés contre ton corps et ta poitrine

-  aussi nets que le commencement du matin

et le long mur échelonné de ta maison -

 

et j'ai pensé

 t'apporter là toute ma souffrance du monde puisque,

en définitive,

 

il n'y avait que toi pour l'amener jusqu'à la source

et

dans un geste très posé

 

la recouvrir de soleil

 

 

xxxx

 

je dis voyage dur mes longues larmes ni latitude ni profondeur

ni comment vivre dans le manque absolu de tout comment

 

tu dis des signatures vertes

 

et comme ma liberté

j’écris ton nom

dans la lueur

 

 

 

 xxxx

 

 

j’ai dessiné l’endroit que je préfère
sur tentes blanches
et j’entends loin
le bruit de convergence

où nous nous rencontrons
la très subtile ligne de peau

que tu déposes en moi comme une pierre au fond des mers
toutes rangées ensemble en troisième heure

et de ce dessin touché

le pur espace vers l’eau de pluie et le soleil…

 

au dedans

un creusement douloureux

vient me dire,

ému,
la tessiture grave

de nos paroles

 

xxxx

 

On dirait une couleur : jaune. Après les ondulants marécages, une manière de barque, fine, rassurante, infiniment discrète. On dirait une odeur : ocre, d’eau qui sourd des argiles au fond de la barre tithonienne. Résiliente et vulnérable. Instant infinitésimal, une ère longue qui ne fait que commencer. Dans la joie, paisible.

 

xxxx

 

 

Une épure dessine tes mots, pénètre calmement sur l’harmonique. J’appuie mon front contre ton front.

Ce n’est pas aujourd’hui que je meurs. J’ai quelques jours encore.

Mes yeux se ferment sans accord préalable.

 

La mer brille en dessous d’une échancrure à l’intérieur du ciel.

 

xxx

 

l’espace lisse théorique

est préférable il se relie à l’ordre

des dimensions homogènes

parce que sinon

la nature même de l’homme court effrénée sur la prairie des modèles

et puis confond sa trace avec le monde

 

mais tant pis

 

attirées par la relation empirique

où les calibres contournent, magiquement,

la nature même des amplitudes

 

mes lignes de code accumulent

-quand elles savent-

l’énergie en champ proche

de toutes ces petites convolutions

 

 

 

xxxx

 

je casse un fragment séparé de nuit mauve et subreptice

ce que je veux donner

grise et entière

oui c’est cela entière et pauvre

d’autres demandent ce qui est chair, ce qui est membres, la splendeur

je le sais bien qu’ils me regardent

 alors que moi je ne sais plus que dire

 

que tu me manques 

que ta présence m’émerveille

comment ta force m’étonne

comment tes failles nous décrivent

 

elle est belle maintenant la vague

lovée sous l’infranchissable peau dissimulée

je crois qu’elle s’endort sur sa douceur

sur ma douceur terriblement épuisée

d’impuissante parure

pauvre et transitoire

jusqu’au passage où l’île n’est en dessous la mer

que dans les eaux des sources

 

 

xxx

 

Se rappeler, toujours, la rigueur élancée des musiques. Les deux rivières asymétriques sur le front, et l’alcool interdit de la peau.

Je n’en finis plus de vivre. Parce que soleil et direction du vent.

Voilà, toute minute est résonance, même si j’ai peur, au bleu changeant des écharpes, sur un plateau de mer qui s’abandonne.

Chacune de mes mains paraît chevreuil, chacun des sons est alouette.

 

xxx

 

Au seuil tout simplement l’explication s’arrête. Il est très faiblement une lampe qui brûle et une main posée sur une peau trempée de larmes. Mais la confiance.

Comme si tournait le monde une fois pour toutes et déchirant, et de lumière.

 

Bien sûr, on pourrait trouver un désert assoiffé de passions inaudibles. De peur et de désir de perfection, un interdit d’entrer. Toi univers de tempête, toi rafale. Il suffirait de se dire quelques mots doucement.

Même pas sur ce sujet-là. Même pas doucement.

De trouver par l’absurde comme on a manqué d’eau, oui, pourtant recouverts par le fleuve.

 

Alors on marcherait dans le courage.

Là où tourne le monde.

 

****

 

plus forte est la ligne de toi

qui parle entre tes deux épaules

et plus pâle est ma paume éloignée de la maison de ta poitrine

 

où ton cœur infini

vibre infiniment

 

il manque la géométrie d'un ruisseau clair

pour ainsi représenter tout le Monde

de ma tendresse

à ta tendresse

 

 

xxxx

 

 

c'est la seconde fluide où le jour à Nice
par dessus l'air fumant de l'orage fait centre

c'est la seconde après la ligne d'eau

feuilles penchées un vaisseau de plumes
– au point rouge – vole dessous les fils du vent

les fleurs sont fauves
elles auraient presque la forme d'une goutte entre deux pentes

puis il vient, installe
une large tenture beige pour le souffle

et je le vois glisse
une très longue suite de pensées sur l'étoffe

c'est indigo dans ma fenêtre
estompés tous les murs de Nice

le corps s'attache un serment de chanvre
à la nuit étoilée des tapis

 

 

****

 

On vit l'automne au bout des armes. On a posé le coeur dans le cellier près des tilleuls. Les lèvres sur l'écriture. Car tu n'es jamais éloigné.

De pâles cabochons de feldspath aux reflets lunaires gardent leur lien.  Dans la foule glacée, mon nom que tu énonces. Un arbre appuie ses branches sur mes mains, je pense à toi.

 

 

 

 

Isabelle Servant

 

 

 

mai 2016



26/04/2016
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