L\'Insoluble

L\'Insoluble

recueil "rejeu" parties 1 et 3

Poèmes en rejeu de failles (take the long way home), partie 1 et 3 du recueil

(partie2, voir « onze poèmes en rejeu de failles », plus bas)

 

cette surface qui est dans la prairie de l'hiver immobile
maintenant bouge
et comme un tout fragile pétale
qui se dessinerait sur le bleu des roches
une vibration d'aubépine
une cloison de coeur
sous le paisible encouragement de la peau
vient écarter le blanc des nuages

*

je regarde ta sobre majesté sur l’image
évoluer dans les versants
ta prévisible agilité des jambes
et l'efficacité sereine de tes mains

(eux de roches brûlant étalés dans le jour
eux comme étirés longuement de sommeil)

ce serait comme la monstruosité d'une voix
qui appelle dans la nuit de l'aube
demanderait aux montagnes de s'adoucir
aux strates inférieures de disparaître

mettrait en équilibre la force équipotentielle
et la gravité des origines dans le regard

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tous les jours

une dragonnade rouge

déchire les os

 

mais il dans le jour

la froideur la blessure

entre le vert et le jaune

protège

 

et ne prend que tristesse

et m’entoure grand arbre

 

*

 

celui-là un peu jeune

ses cheveux

je te le dis

une vraie source

comme une guitare posée sous les néons du manège

 

(moi je balance

en mesure à côté d’autres jambes)

 

il m’en a fallu du temps

pour la reprendre

cette ligne en pur argent

l’anneau caché de la tension

 

je n’avais pas abandonné !

pas vraiment !

mais les roulements de l’âme

à force et à force

depuis l’antre de mes douleurs

ils vont se tromper, c’est sûr

ils disent tout faux

disent tout sombre

 

serrez-moi fort, tes phrases

que je me décide à chanter sous les feuilles

 

*

 

je ne suis qu’une plage ancienne

il ira devant la rue mouillée

tout bien devant, il marche

lui qui ne voit pas

dedans le noir s'arrimer

au motif que pleurer

c'est une affaire d'ancien

et tout au plus de nuit

traînant son matin de lumière

 

petite plage

dans l'odeur ancienne tu rouleras

 

tu es si contente

de tenir le tissu

et  de sentir le bonheur, plage

le bonheur ça tient debout

jusqu'à tant qu'on s'en aille

 

attends il se tisse

encore un peu

d'un café à boire

*

 

la pagaille entrecoupée

de mes peurs dans les mots

des balançoires des chevilles

des inconnus en foule noire

et de l’éblouissement des cimes

 

je pleus d’équilibre

entre toi et le gouffre

où il y a ce duvet dans les mains

né d’un signe fragile

et où il n’y a pas

que je suis détachée du corps

 

*

 

ils ont tant pleuré sur la plaine déserte

vers la grande plaine desséchée

mais tant pleuré

qu’ils ne disent plus rien du tout

plus rien de simple

que l’image a perdu pour jamais ses contours

que tout est dans tout

effaçant les lignes de pâles figures

ennoyant tout le simple

notre étendoir de simple

 

mais dans le jour

alors que la joie revient

que retourne la pluie

abondante

tu déposes là quelques phrases de jaune

là sur la ligne courbe

entre l’arbre et l’épaule

 

*

je recueille autour de moi l’idée de lui que j’aime tant

un oiseau de jour

tous mes élans d’équilibre

éclopés

démantelés

fragiles

 

je m’élague sans rien prédire

de cet arbre neuf qui est si loin à creuser

il n’est qu’un étage de plus

qu’une rampe de joie

 

après tout je ne sais rien de ce qui trame

et le monde peut bien prendre cette nouvelle odeur

comme un regard bleu de ciel

posé entre paume et tableau

 

s’il veut

le monde sculpte des visages

 

*

 

tu ne sais pas, présence

ce sans parole de la tendresse

pourquoi les nuits où tu manquais dans l’or des rêves

j’avais ce couplage des forces

 

j’ai tant d’amour sur cette route

j’ai tant d’émotion reversée

le dur effacement du pierre à pierre

 

des mots posent vers toi

leur évite obscurcie

mon désir de les dire

 

tu ne sais pas

que c’est bien le chemin vers le sable

ou l’escarpement

 

pourquoi, vers où, tu scandes

tu m’interroges

 

parce que j’ai tout dit, présence

parce que j’ai tout dit

 

*

 

tu le reconnaîtras

perdu dans un prisme étendu

les yeux d’un bleu de sel

l’épaule en distance brute

tu verras

il est d’un autre peuple

d’un autre arrangement de peuple

il est comme ça

il est une sorte de maison tu verras

une maison de chaleur pour le gel

tu verras

tu as la gorge enrouée de désert

mais tu ne peux t’en empêcher

un allié pour la route

pour la tranchée de solitude

pour la peau sur la peau

 

*

 

 

dans chacune des minutes ton visage de faille

dans les écharpes du soleil

les escaliers de fer

dans le plumage de l’oiseau

l’ordre des tabulaires

le vieux pan de béton

les yeux tout grands ouverts du vide

 

mais aussi

dans ce vieux monde où un ciel marche

bleu et noir

et où la seule manière de comprendre

est celle qui dépose mes larmes

dans tes mains



06/04/2013
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