Les chants de T.

There will be unexpected satisfactions - there will be newly opening needs - continually coming to carry you on from day to day.
You will find your life growing like a plant.


Il y aura des bonheurs inattendus, des attentes qui s'ouvrent soudainement, vous transportant sans cesse d'un jour à un autre jour.
Vous verrez votre vie grandir comme une plante.


(G. Eliot, Daniel Deronda)

 

1. Rouge-sur-le-chemin-des-anges.

 

 

Voici que mon nom se recouvre et dans le sable verse une eau de réconfort brûlant et maigre. Voici. Le chant, la vérité, le rouge et la fureur. Celui parmi les hommes qui au désert avait posé les armes à mes genoux et lorsque nous avions nagé dans la source avait, ici et maintenant, là dans le discours d'allégeance, trouvé la verte amère remontrance de la paix. Et sa douceur.

Il était sûr qu'il aurait mieux aimé de fuir dans sa colère, ainsi qu'indéfiniment les chars des hommes s'enfoncent. Tout aussi près coller ces lignes sur la joue, mais pas de louve efflanquée sur les dunes.

Cependant je voyais une louve dans son regard chaque fois que le ciel venait à notre approche.


 

2. Découverte.

 

On découvrit que les deux mondes étaient en phase qui se balançait. Celui parmi les hommes avait jeté une danse. Puis dans la vitesse d'un aigle repris l'abîme de ses tempes. On vit que les deux mondes étaient réels, et qu'il savait aller de l'un à l'autre. Facilement.

 

crématoire du sec sur les roches
hachures claires de feu, empereur des insectes
aspirant les crevasses, feuillage d'interstices
kohl étalé, ombre de gel
ombre au feuillage épiné sous l'obscure ligne des vagues
terrasse de jasmin, ventre de nacre
astre de blanc pour la métamorphose
ysard dans le désert dans les toiles pourpres du soir

 A coo chee moya.  Nous sommes si loin de nos terres et loin des os de nos ancêtres. Mon chemin sache trouver les mots de la danse autant que recueillement. Sache passer lui aussi. Vienne à trouver l'espace entre les mondes.


 3. Passage.


Il ne marchait que sur un cercle, et de ma laine blanche autour des seins je portais masque. Mais en totalité il n'y avait pas plus nu, plus élagué, plus abandonné de texture. J'avais simplement peur, peur simplement de toutes ces grottes ces buissons ces toiles ces escaliers ces vasques intérieures, ces ravins jamais auparavant touchés, jamais ouverts, ils n'existaient pas. Je croyais qu'ils n'existaient pas. Et sa terreur environnante, de la caverne plus enfoncée de sa poitrine, ultime peur qui racornit le sol. Non, je ne perdrai pas l'esprit dans le brouillard, par la malédiction des fauves éblouissants et sales. Oh, par pitié…
Mon battement jumeau ma discordance, où t'en vas-tu, après le bracelet du fleuve ? quel visage irrégulé reposes-tu dans mes deux mains, tes larmes longuement obliques, quelle poitrine sous le mur, quel regard apaisé depuis les vagues s'y pose avant que tu ne partes?



4. Voix de l'abîme en colère


Vint le moment où vint sa voix, des orbes palpitants redescendus, vint des planètes.Mais je ne sais plus, c'était comme une échine de lumière où des  monceaux de gens sur la montagne, ombres portées qui se pressaient ensemble, coupaient et déchiraient l'espace d'une épissure. Voix de taureaux et de puissance, voix des branches de la nuit, des incendies de plaines, de ce qui fait tout le reste emporter.

 De ce genre de son qui n'est ni bruit ni le silence, des griffures avec intensité 
dans le foutoir incompressible du ciel, un orage en violence lâchée,
une épouvante.
Et tout précisément là, dans la fontaine, dans cette cascade indécente
et qui protestait du monde avec tous ses poings, juste là, s'est mesuré combien
pour elle il était vulnérable, dans la lame fine du lien qui nous creusait,
et qui coupait aussi le monde avec un autre.
 Combien fragile était la voix qui avait accepté de faire en l'univers passage, 
combien évasivement pâle elle engageait son souffle à cet instant
de pur échange.
 

5. Chevreuil.

Je chante la pluie dans ma forêt ouverte, ce même visage de chevreuil l'orbe roux sur les tempes, et de nouveau l'eau monte sur le village trempé. Je marche comme Celui de plus tard. J'essaie de penser à son ombre comme aux flancs puissants d'une bête, poitrine soulevée de peine, et de l'espoir que deviner la voix fait naître.

parcelle tendre du cosmique
enroulée en noir sous la tristesse
fière et fatiguée sans relâche
parcourant sous les voyages accumulés sa rage
un peu misérable
cherchant quoi

Je parle du feu sur l'orage, et du chevreuil qui au centre des eaux, fait son destin.



6. De fleurs et de fruits.

Dans la force une caresse a fait son vol et ma nuit touche, ce long matin, oh voyageurs, c'est une barque de flores et de sentes, de déroulements de citernes et d'arbres plantés dans les graviers, c'est une trame de blanc et d'or. Oh moi qui ne dis jamais rien, comment pourrai-je un jour le dire, furieuse, animale et déchirure joie que dans la force une caresse ait fait son vol, comment s'égaliser vers ceux qui parlent, moi qui ne parle pas, comment  jouer avec la foule étant montagne, avec satin quand on est terre sans un redressement du feuillage établi dans l'herbe.

Alors peut-être qu'il y a dans le chemin obscur de mon village deux êtres si puissants que les ombres les cachent, et vers ces êtres je me tourne, ouvrez les yeux du trop voyant, l'écoute de celui qui dit, du superficiellement décoré, décidez seulement qu'un matin les armes n'aient jamais ce pouvoir grave de partir.

 

7. Soccoro.

Soccoro, qui attend chaque matin de l'autre côté des routes oh Soccoro noire et belle fumée de l'attente à l'heure où dans les dunes rouges des collines le gentleman de la mort se prépare.

Il m'est venu d'une lettre jaune épaisse dense et abîmée, infiniment petite substance d'une encre qui les lignes retourne dans leur chair, puis laisse lames de fins de mots s'élancer. Blessées et longues, priantes, étalantes jusqu'aux dunes rouges des collines la substance de leur corps brûlant de fièvre.

Il m'est venu feuilles échinées de cactus dans les pierres.

Il m'est venu la pure et nue substance du corps entre deux murs.



8. Buffle.

Vêtu, enveloppé des étoffes rituelles aux couleurs pâles vertes beige jaune écru et long triangle plongeant sur la chair de puissance, où de souples formes géométriques recomposent un moi. Celui parmi les hommes est en réalité dans sa nudité la plus blanche. En réalité dans ses désirs les plus obscurs. Ses enracinements les plus âpres.

Et me courbant sans vraiment l'avoir décidé dessus les affres blêmes, ayant émis la flamme pourpre des écoutes ayant laissé du haut tout ce qui n'était plus extrême et fauve écartement de soi, ayant marché, marché comme une créature qui se vouerait à la marche, il a bien fallu que moi aussi je me vêtisse, et moi aussi je puisse ouvrir les vagues déferlements sources d'envol, en réalité comme la graine, comme l'amande, comme le tronc, comme le buffle, en réalité sans une fibre sur la peau.



9. Arrêter l'heure.

 

Il se trouve que la louve est d'argent et retournée sur le côté dans les nuages de sa fourrure douce, renferme sa tête comme un oiseau qui dort dessous son aile. Cachée profondément, main gauche et directrice, habile et longue, se fraye un chemin jusqu'aux poils et l'orbe de calme nous regarde. Il a duré plus longtemps que le monde. Il n'a jamais rien dit, ne laissant passer qu'une frêle et sensitive amure comme une liane. Disparu entièrement sous la peau, avec la soif.

Mais à force de vue, d'apprentissage des moindres façons de poser son pied nu sur le sol, voici que les arbres se redressent et marchent désemparés vers leurs feuillages.



10. Simple.



c'est le dernier visage de la nuit
un orbe simple, comme la vie certaine dont il fuse, tapi sous l'immense couche de la tension des moments qui passent

et apparaissent entre les branches trois corps de musiciens
au centre une lueur si claire qu'elle transperce la poitrine du plus grand, effervescente
comme passe le long triangle du corps en cet état d'immobilité pure où la lumière transperce aussi les épaules et le dos
pour recouvrir blanche tout mon regard
pendant que ces trois lignes penchées l'une après l'autre vers le centre
écoutent le temps qui passe vacillant vers minuit sans la voix rauque
mais dans une incommensurable élévation de clarté jusqu'aux larmes
le ciel a je le vois dans le soir une odeur lente
vibrante et rouge.



11. Carène.


Il a dormi. Se détachait contre la lune
un éblouissement de sable d'ocre
on voyait aussi très bien
qu'après la route un visage émergeait
dans la colline verte et pourpre au soleil
verte et mouillée

pourquoi est-ce lui qui dormait pourquoi?

Muet en arrogance et en hauteur
l'arbre même l'artificier de l'amour
sa quille ses mâts sa carène
qui avançait largement vers les dunes

et qui faisait avec des mains translucides
ses bizarres opérations de nuages

 


12. Bidh mi a'togail


Il m'attendait dans le trou noir des arbres. Avec sa force et sa douceur, longtemps avant le pont de pierre, sur les eaux, et dans le ciel la lampe rouge du couchant devenait longue. River Isla parlait toujours, comme son front de chair était tombé vers elle, avec des larmes, et qu'ils avaient ensemble si longtemps échangé de tendresse. Verbe frais de la tourbe. Dans la parole incompréhensible de l'eau.

Il m'attendait, et nous nous sommes reposés un instant l'un sur l'autre, comme si le souffle brûlant disait de la montagne chemins évanouis, qui ne reviendraient plus, vasques de glaise. J'ai soulevé très lourdement la pierre fauve, de bruyères entourée, pour la précipiter dans l'eau. J'ai regardé longtemps les précipices de ma terre défiler, sous la rivière.

Alors il s'est tourné vers la montagne pâle, et la lumière du couchant.

Le front levé. Museau pensif.

Puis nous avons marché dans la légèreté des brumes.




13. Ce que j'apprends de l'écorce


 

tu as fondu le jour je vois tes pieds nus je chante

je vais au nord dans toutes tes traces

je puise sur la route un signe que tu passes

signe de terre où l’ancien âge de nos vies nous revenait

ma lame en pierre, une peau brune, ta peau foncée

je bois toujours aux peaux des sources

que tu longes dans tes muscles secs

des peaux environnées d’un infini couteau de bronze, celui

des phrases dont tu ne te souviens certainement pas

quand on était au matin gris

à remuer si patiemment l’écorce, et tout ce que tu m’apprenais

tout cela maintenant nous retourne

à l’heure où le chemin de nos maisons s’écrit

 


 






 





Article ajouté le 2008-03-24 , consulté 334 fois

Commentaires


flo site : pantarei.hautetfort.com | le 25/03/2008 à 19:19:05
chamainique et magique. magnifique.

je reviendrai le lire encore!


isa le 26/03/2008 à 15:26:52
eh bien??? tu es une fine mouche, tu as trouvé tout de suite :-)))
merci beaucoup, Flo, ça m'encourage dans mon parcours de maintenant qui est un peu particulier...
t'embrasse fort
isa le 26/03/2008 à 15:28:15
je rajouterai les textes ici au fur et à mesure

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