Création de chansons



 

C'est au moment toujours le même où les oiseaux se rassemblent. A ces instants-là, il est toujours si difficile de savoir la place juste, entre tourbillons de vies et de concepts, et à la Plus Grande Epoque de Lâcher Prise qu'il n'y a Encore Jamais Eu Jamais.

Alice-Guillaume-Candice-Marissa-Guillermo-Fab-Amélie-Johanne-Clémentine-Franck...qui d'autre?Franck-Nadine-Candice-Guillermo-Fab-Johanne-Rémy-Clémentine-Guillaume… Jérôme-Candice-Guillaume-Marissa-Amélie-Clémentine-Franck-Jean-Pierre-Alice…

Bon, enfin… je vais stopper de galiner à compter mes poussins,  on avance on avance. C'est curieux, ils ont commencé, amis mes très chers, ils ont commencé par l'attitude pincée propre aux étudiants de fac de lettres, quand ils me déboulent en face. Faut un certain temps pour assimiler que le Truc qu'ils ont en face d'eux, Moi, peut être un peu pris au sérieux. Une fois que c'est fait, c'est drôle ça arrive si vite, si vite, chaque fois cela me touche tant, une fois que c'est fait, ils s'installent tous dans une attitude affectueuse, genre je pourrais leur conter l'annuaire du téléphone qu'ils ne m'en voudraient même pas. Par contre dire ce qu'ils pensent, oui, et d'une manière directe qui fait passer la mienne pour de la manipulation insidieuse. Puis quand je les ennuie ils baillent. Avec distinction. Ou alors ils se mettent à jouer, comme des pichouns lâchés sur un terrain de basket.

Je les nomme panier de chiots.

 

L'ange est dans la voiture et me parle, il parle toujours longtemps, longtemps. Je ne sais pas réellement ce qu'il raconte, la seule chose importante est qu'il est là et  me parle, et que ma vie est tissée de cette parole, ce soir comme demain et tous les jours où les oiseaux se rassemblent.

 

Ce cours, c'est une vraie foire. Plein de choses diverses, je suis un cirque ambulant, passant du poème rêveur au texte le plus pompeusement chiant qu'on ait inventé sur la terre, puis à la musique la plus sublime qu'il va falloir exécuter à la tronçonneuse, heureusement que jml n'est pas là, qu'est-ce que je prendrais. Bref bon, on en est au cycle central, bla, programme d'écoute, bla, chant, bla, espace, temps, couleur, forme, création de chanson…

stop ! vous avez dit quoi, là ?

Ben oui.

Faut bien que vous voyiez ce que c'est, hein ? alors on se met par groupe, trois groupes, hop, voici de ma-gni-fi-ques textes.

Heu c'est quoi ?

Z-avez quatre vers. A mettre en musique. William Blake (je l'ai piqué à Flo, celui-là), Nadia Tuéni, Paul Eluard. Entre quatre et six accords, pas plus (faut pas pousser, Jordy ne joue que sur I-IV-V, on va pas refaire la Turangalila symphonie là tout de suite)

Un quart d'heure. Hop.

Tout ça ? dit Jérôme.

 

C'est alors que je vis un aigle. Un aigle si grand qu'il n'y en avait certainement jamais eu de pareil sur Ubik.

Et il était parcouru de spasmes. Dans l'auberge, le visage de l'ange se pencha vers moi, essuya mes larmes avec ses cheveux noirs si longs qu'ils atteignaient la terre.
- Qu'avons-nous fait, Dismo? mais  c'est affreux...
- Non, il ne faut pas dire ça, me dit l'ange.

 

 

Il y a deux secondes soixante quinze de silence consterné. Puis Guillaume et Jean-Pierre, qui en ont vu d'autres, se mettent rapidement au travail, suivis des filles, les p'tits derniers  sont timides, se mettent par trois.

Un quart d'heure, les mecs. Pas une minute de plus. Pas un début de seconde de davantage. Je n'en crois pas mes yeux. Moi, j'ai dit un timing, c'est sûr, mais jamais jamais jamais je n'aurais imaginé qu'il se passerait ce genre de choses au bout d'un quart d'heure.

 

Je pense que c'est à une heure à vol de ramier ou d'ange, pas plus. Oui, une heure. Je vois les forêts je respire l'air étincelant, pourquoi m'a-t-on caché cela? Une heure à vol de ramier, pas plus…. Et dans les hauts plateaux, juste là sur Thorenc, chevaux de Pzrewalski et bisons d'Europe courent librement sur les herbes, chevaux de Pzrewalski et bisons d' Europe…Et cerfs élaphes, et isards des sommets, et brocards et goupils, mais surtout chevaux sauvages, bisons d'Europe…

 

Le moment qui suit est un grand moment. Fab a joué sur des accords de gospel, et les trois voix des femmes ont retourné les sources du poème. Elles sont dressées, claires, blondes, et elles chantent la tresse la plus étrange entendue jamais, sur le mot « joie ».

Puis  c'est le tour de Tuéni, sa guerre. Ils ont fait encore plus fort, TROIS versions différentes des mêmes phrases, pas une, trois. La voix de Jérôme, canon dans le lointain, voix de Jérôme. La voix de Franck, incroyable, au piano des lianes ouvertes.

Blake de nouveau, Candice et Clémentine, longs cheveux noirs se mêlant aux longs cheveux noirs des hommes, à la chaleur, à la guitare.

Bien sûr je n'ai pas de mots, il n'y a pas de mots pour dire création musicale, pas de mot du tout, j'ai beau chercher. Juste bonheur, joie, fierté, partage…

Et quand je descends sur la route, Grand Soleil…

 

Et à propos d'archange, un  jour j'appelai le Trismégiste. C'était un de ces soirs où l'on se perd, enfin vous savez. Je retrouvai sa voix comme une auberge. Il était tard, et j'entendais parler autour de lui. Il me dit « attends » puis il sortit « sur la terrasse », disait-il. Ce n'est qu'au bout de plus d'une heure que je me rendis compte que les larges bruits d'étoffe qui se tissaient comme une respiration autour de nous étaient un bruit de vagues. « Où es-tu donc ? » demandai-je alors, tout à coup consciente que je venais sans doute de l'interrompre et qu'il n'était pas chez lui.

« A Chypre »

« …. »

« merveilleux pays, tu sais, je suis sorti, je suis face à la mer, mais que c'est beau dans la nuit bleue !… »

Et nous continuâmes ainsi de parler entre vagues.

 

 




Article ajouté le 2006-11-22 , consulté 369 fois

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