Stéphane Méliade



Stéphane Méliade

- Frises équidistantes --


Vous avez suivi la plinthe du doigt. Longtemps. Avec émotion.

Vous vous êtes déplacés accroupis dans la pièce parce que cette
position vous semblait accomplir un rite.
Par le sacrement de cette position nue et modeste, vous avez
approché les territoires les plus bas.

Le sommeil d'une source remontait dans vos doigts. Plinthes, parois,
pertinence des murs, vous souleviez bien des mystères.
Écailles blanches tombées sur le dos, il faisait bon se trouver bas,
s'aimer latéralement en se déplaçant au sol. Il faisait bon attendre
d'être recouvert de cette parodie de temps.

Une légèreté gouvernait vos nuques, des fils haletaient en vous,
brillants et lourds, charnels et divisés.
Vous étiez un réseau, de plancher à plafond, de mur à mur, soudés
à l'image blanche qui recouvrait le feu, dans le mur, dans le ventre, dans
l'âme, dans tout ce qui possède un miroir pour le dissimuler.

Les dos faisaient mal, ils imploraient d'être remontés, ils appelaient
la détente du corps, arraché des plinthes et de leur souci de relief.

C'était en haut qu'il fallait peindre, mais c'était en bas qu'il fallait boire
d'abord.
Vous conduisiez les sons, vous étiez le treuil du cri, l'aspersion du
fou qui cogne derrière chacun des murs.

La maison s'irisait de vos traces. Corps à coller aux ombres qui dansaient
au plafond. Diamants livides, haltes à haleter après la course.

Après la course des boucles que vous aviez finalement tracées le long
des murs, le long de vous, le long de tout, vague unique, cordes à cueillir, magie de massacre.
En une seule détente, en un seul envol de frises équidistantes, se nouait des merveilles autour de vos cous.
Sensation d'or chaud coulant dans tout le corps. Sécrétions de moulures muées,
galaxies de galas réduites à quelques mètres carrés pour êtres peintes.
Sensation fière comme l'écharpe qui courait le long des murs et se dirigeait lentement vers son sommet en rampant tendrement sur vous.

Vous avez suivi la plinthe du doigt. Longtemps. Avec émotion.

10-07-2002


Ecouter des poèmes de Stéphane Méliade dits par lui-même

Le site de Stéphane Méliade

Bibliographie de Stéphane Méliade




 

 

 



Article ajouté le 2006-09-02 , consulté 457 fois

Commentaires


Serge le 06/01/2009 à 16:59:08
C'est la plus belle scène d'amour que j'ai jamais lue depuis bien longtemps. Génial!

isa le 06/01/2009 à 18:05:01
Bonjour, Serge, ah oui moi aussi j'aime immensément la poésie de Stéphane Méliade, qui ne ressemble à aucune autre, et qui fait rêver.
Et au fait, il faut que je pense à remplacer le lien vers ses poèmes lus par lui-même, qui ne fonctionne plus. Je viens de poster ces lectures directement sur le blog, dans "poèmes lus". Frises équidistantes y est.

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