Carène

Il a dormi. Se détachait contre la lune

un éblouissement de sable d'ocre

on voyait aussi très bien

qu'après la route un visage émergeait

dans la colline verte et pourpre au soleil

verte et mouillée

pourquoi est-ce lui qui dormait pourquoi?

Muet en arrogance et en hauteur

l'arbre même l'artificier de l'amour

sa quille ses mâts sa carène

qui avançait largement vers les dunes

et qui faisait avec des mains translucides

ses bizarres opérations de nuages



(Songs of Taya)



Article ajouté le 2009-01-13 , consulté 200 fois

Commentaires


Serge le 14/01/2009 à 14:55:59
C'est plus fort que soi on cherche toujours du sens à ce qu'on lit. Mais avec la poésie il faudrait parfois pouvoir se mettre dans la tête de celui (celle) qui a écrit. Bref après une énième lecture je me demande bien ce qu'il fait à dormir cet espèce d'arbre aux mains translucides. Puis il y a ce visage dans la colline, cette quille, ces mats et la carène...Bon ! Je vais lire Heidegger je suis sur de mieux comprendre !
isa le 14/01/2009 à 20:17:56
ah ah :-))) pourtant, pour l'hermétisme, Serge, tu te défends pas mal non plus... Non, sans blague maintenant, l'arbre est une métaphore, et je ne parle que d'un homme simple aux mains très pâles.
Je pense aussi qu'on ne peut réellement se mettre dans la tête de celui celle qui écrit. Et que ce n'est pas nécessaire, du moins lorsque la poésie atteint son but, ce qui n'est pas forcément le cas.
isa le 14/01/2009 à 20:30:28
par exemple dans ton texte "les clowns tristes", il y a cette sorte de barrière de mots très particuliers, très beaux et très sonores, d'ailleurs, mais dont la concentration dans un même texte est rare, et donc ça crée une sorte de filtre pour la compréhension. Mais j'aime beaucoup, car dessous on sent la compréhension qui s'écoule, comme une rivière qui coulerait sous la neige, et de ce flot deviné je tire le sens que j'ai envie de construire sur ton poème.
Mais ce sens sera le mien, à aucun moment je ne pourrai être sûre de ce que tu décrivais, de ce dont tu voulais parler, du contexte général etc. Et je n'ai pas envie de le savoir, finalement, sauf si volontairement tu disais exactement et alors ce serait une sorte de partage, mais cela ne ferait qu'enrichir ma signification à moi.
isa le 14/01/2009 à 20:35:13
une dernière chose, c'est que je vais rajouter le contexte, ici, pardon pour le bavardage mais ce soir je suis fatiguée et ça me détend de parler ainsi :
les Chants de T. c'est, volontairement, la description d'un chemin initiatique "à l'amérindienne", avec l'intervention des animaux compagnons, avec l'évolution de l'homme dont il est question, regardé par une femme, Taya, avec la nature comme scène, et comme mère nourricière, bien que très mystérieuse.
Bref, c'est une sorte de dessin animé que je me fabrique moi-même, dans lequel je mets ce qu'il y a de plus profond dans ma vie, bien sûr, mais avec la forme particulière du conte dans le désert.
Ouala.
Serge le 14/01/2009 à 21:13:40
J'aimerais tant t'accompagner dans la discussion mais la fatigue (trop forcé sur la piscine) produit chez moi l'effet inverse et me cloue le bec. Pour le faire court je dirais que je suis extrêmement d'accord avec le final de tes deux premiers com. Comme je n'ai pas vu le quart de ce que tu dévoiles dans ton dernier commentaire je vais être obligé de relire une dizaine de fois le poème.
Ps: j'adore (suis très impressionné par) tes analyses de textes (ici et ailleurs) je me sens toujours un gamin à coté.
Ile site : un-violon-sur-la-mer.over-blog.com | le 14/01/2009 à 22:37:46
Bonsoir Serge et Isa. Moi non plus Isa, je n'avais pas tout compris, mais en fait, ça ne me génait pas, mais savoir que ton arbre est un homme, ça me plait bien aussi. J'aime bien tes "Songs of Taya", tu en avais donné d'autres extraits et à chaque fois je trouvais que ça "m'emmenait", maintenant je comprends pourquoi quand tu dis "c'est une sorte de dessin animé que je me fabrique moi-même", tu expliques ce que je ressentais en lisant sans savoir : cette liberté dans l'imaginaire, une vie à se réinventer en soi, avec le bercement des mots qui crée une sorte de porte sacrée à passer ; ça me plaît beaucoup.
isa le 15/01/2009 à 07:10:10
chers Ile et Serge, bonjour et bonne journée de jeudi à vous deux...
Juste deux mots, Ile, pour l'"imaginaire". Il ne s'agit pas d'imaginaire, ici, même si je parle de dessin animé. Il s'agit d'un journal, avec des gens bien réels, un homme bien réel en particulier dans les Chants de Taya. Et je parle d'événements bien réels (les bateaux, par exemple ...)
Serge, si tu es obligé d'avoir mes commentaires pour lire mes textes, c'est qu'ils sont plutôt ratés :-) normalement ils devraient se suffire à eux-mêmes.

Amitiés à tous les deux
serge le 15/01/2009 à 09:13:37
Alors là, Isa, tu es de mauvaise foi avec moi!
Un petit coup de pouce de l'auteur pour la compréhension de son texte quelque peu énigmatique ne peut pas nuire. La preuve c'est que Ile a eu besoin aussi de quelques petits éclaircissements.
Bref! Tes textes ne sont pas ratés et je ne suis pas un béotien (non mais)
isa le 15/01/2009 à 12:51:25
Re-hello, Serge (je suis entre deux cours), je me pose quand même la question avec curiosité :
OK, d'accord, tu lis un texte et il est énigmatique. De quel genre d'éclaircissement as-tu besoin? c'est ça qui me paraît bizarre. Dans "carène", par exemple, que pourrait-on vouloir savoir? De quel homme s'agit-il? quel est son nom? son âge? sa profession? pourquoi fait-il des "opérations de nuages"? Pourquoi est-il relié à un bateau? pourquoi est-ce que j'en parle? Où la scène se situe-t-elle? quel sentiment ou lien me relie à cet homme?

tu vois ce que je veux dire? je ne comprends pas bien pourquoi on peut vouloir des éclaircissements sur un texte. Sauf s'il est raté, justement, s'il n'a pas atteint son but de faire résonner quelque chose chez le lecteur.
Parce que sinon, je ne me vois pas demander à un auteur de poème réussi, par exemple, disons au hasard James Sacré (je précise, je ne me compare pas à lui, hein, c'est juste un exemple), pourquoi il dit ceci ou cela. Soit le texte va m'apparaître beau en lui-même, soit eh bien il ne va pas me plaire, ou m'agacer parce qu'il me paraît incompréhensible, et alors eh bien je le "passerai", tout simplement...
Serge le 15/01/2009 à 13:29:12
Rien de bizarre dans tout cela ! Peut-être le besoin compulsif de dialoguer avec ceux qui nous portent intérêt. Puis quand j'aime un texte je cherche à en faire ma petite exégèse (c'est un défaut je le vois bien). Dans tous les cas ça ne mérite pas de nous prendre la tête avec de telles considérations (les miennes). Je crois aussi que l'écran est propice aux malentendus qui ne nous permet pas d'en-visager toutes les petites nuances et menus correctifs qu'une conversation en vis à vis consent.
A bientôt
isa le 15/01/2009 à 15:06:50
Oui, bien sûr, l'écran ne permet pas les nuances, par exemple je suis réellement curieuse de tout cela, cela m'intéresse et il n'y a aucun agacement dans tout ce que je dis. Et je ne trouve pas du tout que ce soit un défaut de chercher des significations. Nous discutons, c'est tout ! :-) Moi aussi, j'aime beaucoup parler avec les gens qui écrivent et portent intérêt aux autres. Avec mon amitié, cher Serge.
Ile le 15/01/2009 à 16:54:51
Isa,"l'imaginaire" pour moi ne contredit pas le réel, (comme quoi chacun a ses petites définitions perso !)ça veux dire : les échos que peuvent avoir, dans la tête et le ressenti, une situation donnée. Par exemple, tu vois, en ce moment j'ai commencé un roman qui est une fiction totale (dans l'imaginaire) et qui se fonde totalement sur des faits et des personnages bien réels. Je ne sais pas si je me fais bien comprendre ! C'est vrai que je trouve aussi que c'est pas facile par le seul biais de l'écran et du clavier !

flo le 15/01/2009 à 17:57:54
"les Chants de T. c'est, volontairement, la description d'un chemin initiatique "à l'amérindienne", avec l'intervention des animaux compagnons, avec l'évolution de l'homme dont il est question, regardé par une femme, Taya, avec la nature comme scène, et comme mère nourricière, bien que très mystérieuse.
Bref, c'est une sorte de dessin animé que je me fabrique moi-même, dans lequel je mets ce qu'il y a de plus profond dans ma vie, bien sûr, mais avec la forme particulière du conte dans le désert.
"

Je trouve ce passage particulièrement éclairant. Je n'ai aps envie de demander la signiication des textes, parce que la poésie agit au-delà des limites d'expression et de conception d'un texte chez son auteur. Il n'empêche que planter le décor, surtout culturel ( je ne connais pas bien la culture amérindienne) donne une clé qui permet davantage de "rentrer" dans le texte et de se "l'approprier".

De toute façon, j'adore cette série...
isa le 15/01/2009 à 19:31:38
OK, Ile, bien compris, je crois, ce que tu voulais dire, j'espère que ton roman avance bien.
En fait, Flo, dans cette attitude ambigue que j'ai par rapport à toutes ces explications qu'on donnerait ou pas, il y a aussi le fait que j'hésite à entrer dans des commentaires, parce que... j'aimerais ça, et je me sens capable de parler de cette série sans m'arrêter.

Rependant à une discussion entre Ile et Serge sur "un violon sur la mer", où Ile disait qu'elle n'aimait pas le joli et qu'elle ne pouvait pas se passer d'écrire, ce que je crois totalement, je me sens un peu différente : il y a du plaisir pour moi à écrire des textes, particulièrement ceux-là, je ne sais pas pourquoi. J'ai un peu tendance à m'immerger dedans, à m'énivrer de la joie de les écrire. Parallèlement, et avec honnêteté, je crois que je peux me passer d'écrire des textes, même s'ils m'apportent énormément.
Je suis beaucoup moins incarnée dans l'écriture que Ile, j'en suis sûre, je n'ai pas la même relation avec.
S* le 16/01/2009 à 17:54:57
Parfois, le poème est un mystère total. On serait incapable d'expliquer son sens. Tout à l'heure, je pensais de manière obsessionnelle à un papyrus (la plante, pas sa transformation en papier), je le voyais, je tournais autour, j'en sentais la texture, le goût, le toucher, l'odeur, le son, tout. D'où diable pouvait bien me venir ce papyrus ? j'étais occupé à tout autre chose et de surcroît de fort mauvaise humeur. Puis ce papyrus m'a plongé dans un état d'écrire.

Là, trois solutions : chasser ce truc bizarre comme une mouche et continuer à pester sur ce quoi on peste, le ranger dans son jardin différé pour plus tard sans garantie qu'il attende là patiemment, ou s'abandonner à ce qu'on voit et ressent, sans chercher une explication, pas plus qu'on ne peut expliquer un cube à l'aide d'un seul carré. Alors j'ai choisi la troisième voie j'ai accueilli mon papyrus et j'ai écrit.
Je serais incapable de donner la moindre explication du moindre mot de ce que j'ai écrit. Par contre, je crois que le texte d'Isa que j'adore et que j'ai lu six fois ce matin m'a un peu ouvert. C'est pourquoi j'en parle ici en m'intégrant dans ce fil.

Je crois que la clé, très difficile pour beaucoup d'entre nous, moi en premier, est d'accepter de perdre le contrôle et de s'abandonner en temps réel à ce qui vient, est, vit, devient.
isa le 16/01/2009 à 21:21:05
Un papyrus, on dirait un soleil sur une tige. j'ai lu tes deux poèmes, Steph cher, sur l'auberge de Ragueneau, propriétés d'un papyrus et Ere... Moi aussi, j'étais de méchante humeur aujourd'hui, et fatiguée aussi (mais ça c'est pas nouveau, c'est depuis la rentrée de janvier) et ton message m'a fait beaucoup de bien, merci beaucoup!!
S'abandonner, let go, c'est certainement le plus difficile à faire, il y a tous les sentiment négatifs qui viennent, les regrets, les douleurs, j'ai beaucoup de mal à le faire, constamment, mais c'est la seule manière de vivre.

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