zar

tu ne sais pas
substance

ce sans parole de la tendresse
pourquoi les nuits où tu manquais
dans l’or des rêves
d’imagerie en présence
au pire du pire
des chocs

j’ai tant d’amour sur cette route
j’ai tant d’émotion
reversée

le dur effaçage du chambre à chambre

mes sons plantent
vers toi
leur évite obscurcie
mon envie de les tordre

tu ne sais si fortement pas
que c’est là le chemin vers le sable
escarpement

vers où, tu scandes
tu m’interroges

parce que j’ai tout dit
substance
parce que j’ai tout dit



===========



tu le reconnaîtras
collé dans un prisme étendu
les yeux d’un bleu de sel
l’épaule en distance brute
tu verras
il est d’un autre peuple
d’un autre arrangement de gens
d’un triptyque de peaux différentes
il est comme ça
au vent de l’air des côtes
il est ton manteau tu verras
ta mante de dentelles pour protéger tous tes pleurs
tu verras
tu as la gorge enrouée de désert
ils te lamineront
pleureras
une compagne pour la route
pour la tranchée de solitude
pour la peau sur la peau



============


je ne suis qu’une plage morte
il ira devant la rue mouillée
tout bien devant, il monte
lui qui ne voit pas
dedans le noir s’arrime
au dédale que pleurer
c’est une affaire de jour
et tout au plus de jour traînant
son matin de lumière

petite plage
dans l’odeur de jaune tu rouleras

tu es si contente
de tenir le tissu
et sentir
le bonheur, plage
le bonheur ça tient debout
jusqu’à tant qu’on s’en aille
debout jusqu’à rien sentir

attends il se froisse
encore un peu
de l’odeur à boire

===========

j’ai surmonté
les ondes me gravent lentement
la forme d’un bateau sur caresse
puis
dehors
l’orage est remonté
mais ça calme dans mes tempes
un son de toujours
et une brume

pour moi c‘est dur la vie

simplement
qui essaie de me broyer
toute l’heure

tous les jours

une dragonnade rouge
déchire entre les os

mais il dans le jour
la chaleur la brûlure
entre la voix et le jaune
m’entoure

et ne prend toujours que ma peine
et m’entoure grand arbre




========




j’ai repris le sommeil
je promets
je le jure
tous ces rêves de sources ni de fleuves
les murs fondateurs
je dis, le visage au dessous du drap
sous la face des portes
je l’entends
mais on ne sait sans doute pas
que toutes ces gouttes ont versé sur la peau
dans ta voix sur ma voix
le plus neuf édifice de rouge
sur l’ancienne cellule de lymphe
tu sais


==================


celui-là un peu vieux
ses cheveux
je te le dis
une vraie source, guitare
posée sous les néons du manège
moi je balance
en mesure à côté d’autres jambes
il m’en a fallu du temps
pour la reprendre
cette ligne en pur argent
l’anneau caché de la souffrance
deux serpents sur le bras
je n’avais pas abandonné
mais les roulements de l’âme
à force et à force
depuis l’antre de mes raisons
ils vont se tromper, c’est sûr
ils disent tout faux
disent tout sombre

serrez-moi fort, tes phrases,
que je me décide à jouer sous les feuilles



================



Il y a il y a
tous les nœuds renoués
mes inventions d’autres murs
la violence de chair
au bout d’une pente verte
très chaude
et d’en-bas la pagaille entrecoupée
de mes peurs dans les mots
balançoires des chevilles
de foule allumée sur la place
et de manteau jaune
je pleus d’équilibre
entre toi
et ce duvet des mains
dans un signe fragile
il n’y a pas
que je suis détachée du ciel


=============


ils ont tant pleuré sur la plaine déserte
vers la grande plaine desséchée
franges friches d’une lune palie
mais tant pleuré
qu’ils ne disent plus rien du tout
plus rien de simple
que l’image a perdu pour jamais ses contours
que tout est dans tout
effaçant les lignes de naïve figure
puis noie tout le simple
un étendoir de simple
et dans le jour
alors que la peau revient
que retourne la pluie
abondante
tu déposes là quelques phrases de jaune
là sur la ligne courbe
entre l’arme et l’épaule



=======




je recueille autour de moi lui que j’aime tant
un oiseau de nuit
tous mes élans d’équilibre, éclopés
démantelés fragiles
je m’élague sans rien prédire au revers
de cet arbre neuf qui est si loin à creuser
il n’est qu’un étage de plus
qu’une rampe de larmes
après tout je ne sais rien de ce qui trame
et le monde peut prendre cette nouvelle odeur
comme un regard bleu d’acier
posé entre paume et caresse
une enveloppe de main
brutale sur douceur

s’il veut
le monde sculpte des visages




=====================================







Article ajouté le 2008-11-25 , consulté 215 fois

Commentaires


Serge le 26/11/2008 à 21:26:58
Arrivé très récemment sur le net je n'ai pas côtoyé Ludovic pour lequel vous êtes nombreux(ses) à lui rendre hommage. Ton témoignage n'est pas le moindre et je suppose qu'au vu du ton cet ensemble ci y participe c'est pourquoi j'hésite à commenter.
Néanmoins ce que j'aime ici c'est la syntaxe malmenée et la beauté étrange comme cette "gorge enrouée de désert". Ces références colorées, au jaune principalement,et qui nous reposent du bleu fade et mièvre qu'on trouve chez beaucoup d'autres. Puis ce coté lunatique qui hésite entre révolte et mélancolie qu'on discerne dans la plupart de tes textes(ceux que je connais en tout cas).
Il y aurait beaucoup plus à dire mais l'écran me fatigue.
isa le 26/11/2008 à 22:31:22
bonjour Serge, oui, je comprends, même chose pour moi, l'écran est fatigant aussi, mon âge y fait.
Non, cet ensemble n'a rien à voir avec Ludo, je ne sais pas du tout pourquoi j'ai eu envie de le mettre avec les autres poèmes.
Pour que tu lises les oeuvres de ce dernier, je posterai des textes de l'Impasse aux visages, dans la rubrique "des poètes aimés sur la toile"
Merci beaucoup pour tes commentaires ! les textes ont été composés dans une période très tourmentée de mon existence, où j'essayais de me défaire de plein de choses qui me blessaient, et c'était dur...
La syntaxe c'est ma victime principale, j'aime bien la tordre et la retourner, voir ce que ça donne. Alors que toi c'est plutôt l'extraordinaire richesse des mots.
A très bientôt
flo le 27/11/2008 à 06:28:52
J'adore ton travail sur la syntaxe, la grammaire. Tu es une poète de la structure.

Je vais me l'imprimer pour les lire à la suite, c'est vraiment bouleversant, ta densité.

Tu as peut-être posté ceci maintenant, car nous sommes toujours traversés par des échos. Un tourment en rappelle un autre, inconsciemment.

(J'espère que cette fois, il ne va pas me cabalistiquer mes caractères !!!)
Serge le 28/11/2008 à 15:39:01
Pour reprendre le terme de Flo les "structures" sont d'actualité avec le centenaire de Lévi-Strauss.
Mais avec ta "déconstruction" grammaticale tu serais plutôt adepte de Derrida.
Bref! Ce sont des schèmes qui m'intéressent particulièrement car pour nous, pauvres modernes, à part l'éclatement et la dislocation du vers,la destructuration syntaxique ou la juxtaposition de termes incongrus dans la métaphore je ne vois pas trop ce que l'on peut se mettre sous la dent. Mais je me trompe surement !
Bien à vous !
isa le 30/11/2008 à 10:32:50
théoriquement, je ne suis pas très avancée en linguistique ou en littérature, donc difficile de réellement discuter avec toi de tout cela...
Non, c'est vrai, on n'a pas grand chose à se mettre sous la dent, tout semble avoir été tenté. Mais ce qui m'intéresse réellement, me passionne, est qu'on trouve sa propre langue intérieure

comment notre propre moi discourt, et même pas, ce qui est au-dessous du moi
c'est à la fois un travail sur les mots et un travail sur ce que l'on pense, ressent, réellement.
Et du coup, tu vois, ça peut être original, parce qu'on peut sans danger partir du principe qu'on est un être unique, donc que si on trouve sa vraie façon de parler, on va apporter quelque chose aux autres

et ce travail est vraiment difficile : je sais que j'ai beaucoup de mal à savoir, réellement, ce que je pense et ce que je ressens. Quelquefois il faut que je m'arrête, et que je me dise, bon, je ne bouge plus tant que je n'ai pas trouvé ce que je ressens réellement à propos de ça, et souvent, ça met beaucoup de temps, car il faut enlever tous les tabous, tous les principes, tous les stéréotypes

une fois que je sais ce que je pense réellement, que ça a mitonné assez longtemps pour que je sois sûre, je le dis, avec mes mots, et ensuite commence le long travail de recherche du vrai langage... pfff j'ai pas le poème facile, moi.
isa le 30/11/2008 à 10:37:18
chère Flo, tu parles de tourment pour cet ensemble de textes, peut-être, sais pas, mais quand je les relis je me souviens de la période où je les ai écrits, et il y avait des choses très tristes et stressantes, mais aussi très joyeuses
une des caractéristiques de ma vie, je pense, c'est que depuis l'été 2004, il y a eu des épreuves, mais il ne peut pas ne pas y avoir eu des bonheurs intenses et des milliers de joie, parce que j'ai changé de vie, et que c'est un immense bouleversement d'avoir retrouvé enfin la liberté et la joie.
Serge le 30/11/2008 à 12:37:08
Isa, ne te méprends pas! J'ai bientôt 52 printemps derrière moi et je ne suis guère plus avancé. Je patauge (un peu comme toi apparemment, en tout cas dans ton com) pour trouver un style que souvent j'abandonne une fois en avoir extrait(à mon petit niveau)la "substantifique moelle". Je ne peux pas me passer de philo mais je trouve l'intuition poétique géniale. Ainsi je lisais, il y a peu, la prose trop complexe de Derrida faisant l'exégèse d'un texte de Lévinas sur l'altérité(autrui différent de autre)et qui passe par le langage et la nudité du visage lequel voit et est vu. Bref! Il me semble que ton neuvième et dernier texte(par exemple)qui me berce et que je lis et relis exprime des concepts aussi abscons que ceux de la philo mais dans des mots imagés et métaphoriques de la poésie.
"s'il veut
le monde sculpte des visages"
isa le 02/12/2008 à 10:47:13
oui, nous sommes très d'accord, Serge, sur le fait de l'intuition poétique. Et sur le fait qu'écrire est un travail qui dépasse largement l'écriture. Un travail de pensée, quoi, et de vie.
flo le 02/12/2008 à 13:29:07
Ah mais Isa, moi aussi je travaille comme cela, en essaynt de "poser le sentiment sur des claques de mots"; parfois je change le claque jusqu'à ce que la lumière initiale transperce le mot -si je puis me permettre cette métaphore imapgée.

Et c'est justement ce que j'appelle le "travail" en poésie. Ce creusment, comme on va dans la mine pour y trouver lan pépite.

Serge, intéressant ce rapport entre Levinas et le vers d'Isa.Que me consielles-tu de lire de Levinas pour m'y initier autrement que par les générlaités que j'ai entendue de ce de là? (En Belgique l'enseignement de la philo est au niveau moins 10. Aucune initiation réelle avant l'université)

(attention mon commentaire va tripler!)
Serge le 02/12/2008 à 20:06:49
Désolé, Flo, je n'ai rien lu de Levinas, juste (si je puis dire parce qu'il faut vraiment s'accrocher)le bouquin de Derrida "l'écriture et la différence" paru au Seuil qui dans un gros chapitre analyse la pensée de Levinas avec comme problématique (entre autres)la relation entre langage, écriture, regard, visage le tout nimbé d'ontologie et de métaphysique.
Après cette complexité la poésie d'Isa fut
"comme un regard bleu d'acier
posé entre paume et caresse
une enveloppe de main
brutale sur douceur"
denis site : dheudre.over-blog.com | le 13/06/2009 à 09:11:11
Bonjour
Flo et Serge ont déjà tout dit sur tes poèmes. Tu fais partie sans nul doute de ces poètes qui cherchent "une langue à l'intérieur de la langue" comme dit Adonis.
Je reviendrai te lire régulièrement.
à bientôt
denis
isa le 13/06/2009 à 19:28:59
bonjour, Denis, et bienvenue ici !
Je peux juste te dire que je ne pense pas avoir "une langue à l'intérieur de la langue" (ça me fait penser à alien :-))) ) car je crois que je passe directement par ma manière de parler en poésie quand je fais un texte.

Je précise aussi que, seulement pour ces textes-là, j'ai été influencée par deux autres poètes, Jacques Dupin qui est très célèbre, et un poète du net, Karl Létourneau. Pas pour le fond, bien sûr, mais pour le langage. Les lire m'a beaucoup appris.

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