Nous, Nuage Noir

Nous, Nuage Noir  

pour Chomo Lungma et Nuage Noir

1.

Nous, Nuage Noir
nous divisons la mer dans une infinité d'écharpes
et de grandes racines bleues s'équilibrent
pâlies
sur les éclairs


2.

Nuit
elle reçut un nouveau nom
sa nourriture mélangeait toutes les herbes vertes
de la Cima
chairs de fenouil et des olives
toutes les fèves et les poissons
et le vin d'un incroyable étirement du regard


3.

le chant de qui voulait devenir un ours
avait deux voix profondes
une moins calme que mon amour
l'autre moins tourmentée que mon amour
comme sur le chemin de halage
ces identiques mélopées de buffle


4.

elle dort
une feuille pliée
comme un animal sa caverne


5.

malgré tout ce qui brûle
et ce qui manque
un olivier son arbre
se couvre entièrement de fleurs


6.

je peux dire moi aussi
que mes bras sont chargés de palmes
translucides en travers du souffle
et que je n'ai besoin de rien d'autre
rien
que ce contrepoint de sensible
enluminé de quarte
étincelant dans ma chaleur


7.

la nuit, des morts me rencontrent
et sur le flanc d'un autre affectueux et calme
un arbre dressé de vie sur la mer
mes larmes se reposent
au milieu des myrtes


8.

ses premières lettres sont désormais
comme le fil du téléphone
en haut des rires et des larmes
on dirait presque des pieds nus
accrochés au noyau
immobile des choses
vraiment immobile et ne courant
qu'au magnétisme de la terre
mais je ne sais toujours pas
quelle est elle qui parle
qui est il qui écoute
quel est le moi vers toi
quel est le toi sur mes côtés


9.

je me souviens maintenant de Chomo Lungma
l'un des aimés au cercle vert se tient dans le soleil magnétique
debout vers l'intime levant des pourpres flamboyants de l'aube
et l'autre est seulement de mon côté du mur


10.

mes membres déchirés
mon corps se noie
dans sa dure question de revenir
pourtant je ne m'appelle pas la Mort


11.

j'aurais bien essayé
toutes les dérives
tous les efforts surhumains de distance
il faut croire que mon vecteur des nuages
ma montagne de brumes ma terriblement émotionnelle présence nue
sont bien accrochés
pour de sérieusement tenace


12.

il y a des choses
on se demande pourquoi on les prend
peut-être simplement pour la terre
et une lanterne bleu d'Écosse
allumée sur l'amour


13.

parce que la guerre est loin
et que la mer est calme
parce que le ciel est clair
parce que
parce que


14.

je frissonner je doute
je renonciation je nuit des envies remuant
je fracture je numéro
je liberté


15.

il va falloir que vous m'aidiez
toutes ces dizaines de phrases
c'est épuisant
et je crains votre ennui
mais ce n'est pas tous les ans solstice


16.

un passereau monte
à la croisée du soleil
quand reviendras-tu?


17.

des genêts voilà
des genêts
d'innombrables branches longues d'or
dévalant sur les roches
où un cheval s'ébroue
vague entièrement glacée de l'île


18.

Nous, Nuage Noir, imitons la chaleur
avec nos crinières et ce matin
translucide épuisée la nacre
approchant les falaises à Pontivrea


19.

ici
même l'eau simple a meilleur goût
elle surgit des forêts du rêve
entre deux verticales rouges et blanches
quand je prenais l'avenir


20.

ami croisé dans la rue
j'aime sa longueur de regarder
il te ressemble


21.

mon désert orange
mon orgue de vie entendue
ma caverne illuminée
ma source interminablement blanche


22.

dans la tribu on ne s'occupe
ni des morts des vivants
pour le simple amour il faut chercher plus loin dans les étoiles
ça prendrait la forme d'une danse
marquée très fort et sinueux sur une place rouge
un après-midi où nous nous serions sentis seuls


23.

frange d'une île
verte au bord du front de mer
tremble une racine


24.

un grain de fumée
une odeur presque en silence
ton corps qui revient


25.

je dois pouvoir fragiliser l'orage
qu'il plie la peur sur les angoisses
et n'ait besoin de personne
sinon démesurément de toi
que dessus la colline
aux eucalyptus la pluie
des bras tendus
mes lèvres
une diminution de harpe


26.

le soleil dans la nuit des temps mais au fond

il n'est pas d'autre joie

ni de continuité

de ce jour à ce jour

il n'y a plus rien que vos présences

rien que l'angle de vue que l'ouverture nécessaire

et le sentier si difficile à voir

sous les écharpes de la mer





 Isabelle Servant:


Article ajouté le 2008-11-08 , consulté 135 fois

Commentaires


flo le 10/11/2008 à 14:05:42
Un chef d'oeuvre. Je publie. d'ailleurs, si j'avais besoin d'être convaincue de l'enjeu de la créer, cela achève mon processus de réflexion. je te publie dans ma presque née maison d'édition (attends janvier).

(et j'ai envie d'être tout-à-fait fiable cette fois)

Bisous,

flo
Serge le 10/11/2008 à 19:46:22
Difficile en 2 ou 3 lignes de commenter quasiment un recueil de poèmes.
J'aime particulièrement les dix derniers (le 25 par exemple est superbe). Puis cette image de Nuage Noir comme un cheval qui plane au dessus de la mer et sur l'ensemble des textes. C'est magnifique!
isa le 10/11/2008 à 21:00:35
Coucou, Flo, Serge... je précise juste que j'ai mis cet ensemble de petits textes, parce que Serge avait lu la nouvelle Sable au sud de la mer, et que les personnages y sont les mêmes, il y a un lien étroit entre la nouvelle et cet ensemble. Donc, j'ai eu envie de le poster ici.
Flo, si tu décides effectivement de les publier, c'est un grand honneur pour moi, merci même d'y penser. Tous mes souhaits de courage et de réussite pour cette entreprise ! Et j'ai tout mon temps de toute façon...

Merci pour ton commentaire, Serge, la grande difficulté ici a été de faire plus ou moins quelque chose de cohérent et d'assez long, ce qui n'est pas du tout dans mes aptitudes d'habitude. D'ailleurs, le n° 15 est au premier degré absolu, je me demandais réellement avec angoisse si j'allais pouvoir finir. Mais pratiquement tous mes textes sont au premier degré absolu, malgré l'apparence.

A bientôt et bises à tous les deux


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