28 avril 2008 (Judith Ortiz Cofer)




A mon père, mort pensant qu’il nous était fardeau, et qu’on ne l’aimait pas.

A ses mains fines devenues grossières et trop calleuses pour tenir un crayon, une brosse ou les mains d’un enfant.

Croisés sur sa poitrine dans la mort, ses doigts meurtris ne révèleraient rien d’autre que l’évidence : cet homme a gagné son repos.

Sentinelles obstinées de son cœur, ils ne diraient rien du silence bâti, couche après couche, et l’enfermant dans cet endroit où demeurait secrète sa peine.

Où il y avait longtemps, quand l’espoir allait venait dans la maison, comme un chat qui se frotte à nos jambes, il nous avait écrit des lettres d’amour, mais craignant peut-être que les mots le trahissent, il les avait cachées parmi le calme des outils rouillés.

 

Où je les trouve, jaunes et fragiles, comme des os sortis de terre ou des reliques.

 

 

Judith Ortiz Cofer

 

 


version anglaise, dite par Robert Beltran :


to my father






Article ajouté le 2008-04-27 , consulté 106 fois

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