3 mai 2007

Nicolas Sarkozy et son projet éducatif, c'est d'abord le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux, j'espère qu'on se rend compte de ce que cela veut réellement dire, au quotidien, dans la vie des établissements, ce que cela signifie pour l'égalité des chances, dans la vie d'un élève qui n'aura pas de père ou mère centralien ou ingénieur pour lui expliquer à la maison la division euclidienne ou comment calculer l'intégrale d'une fonction….

Ces mêmes élèves bien dotés qui, dans une classe de quarante élèves ou plus répondront un « oui » franc et massif lorsque le jeune professeur néo-certifié, gratifié impérialement (j'ai failli dire royalement ) de quelques dizaines d'heures de formation pédagogique en PLC1, et guère plus en PLC2, posera la question fatidique : « vous avez compris ? »

bien sûr qu'ils ont compris,les bons élèves! on les gave avec des nombres complexes et des polynômes du second degré depuis le biberon, conscient qu'on est du moyen exceptionnel de sélection que constitue encore et toujours les mathématiques, une sélection souvent fondée sur la simple compréhension de la langue, parce que ne venez pas me dire que les élèves de l'Ariane à Nice,malgré le glorieux passé de leur culture mathématique, savent manier le « si…alors » avec fluidité en français, je ne vous croirai pas une seconde.

et si les bons élèves ont compris ce qu'ils savaient déjà, les autres, eux, non, mais quel élève va alors le dire? où sont les heures de formation qui vont apprendre à un prof à vérifier pour chacune de ses ouailles son avancement personnel? et où est le temps qui va le lui permettre, matériellement?

C'est la part sans cesse moindre, par rapport au PIB, du budget de l'éducation, sans aucune possibilité d'investissement à long terme, une sorte de flux tendu épuisant les énergies et les réserves de tous : en 2005, mille nouveaux postes d'enseignants dans le primaire, ce qui donne un nouveau poste pour soixante et onze nouveaux élèves. La suppression de la digne condition des maîtres d'internat et surveillants d'externat, leur statut permettant de vivre modestement et continuer leurs études complètement mis à mal, la création de huit cent postes d'assistants d'éducation qui les remplace tout juste, avec un salaire moindre et un statut moindre. La suppression de 5500 postes d'enseignants dans le secondaire, titulaires et contractuels, suppression comparée aux 41000 élèves de moins.

Passer le CAPES de nos jours revient à peu près à l'exploit héroïque du preux chevalier affrontant trois ou quatre mille dragons avant son petit déjeuner pour se mettre en forme. J'exagère, bien sûr… mais ! j'aimerais peut-être, certaines années, arrêter d'avoir mal au ventre en attendant les résultats des admissibilités et des admissions, qui vont décider du destin des jeunes étudiants de mes formations, parfois de compétence de niveau international, et dont l'éducation nationale ne veut même pas par manque de moyen

C'est la réforme du système d'éducation spécialisée, la plus insupportable parce que la familiarité avec l'éducation spécialisée est souvent une bonne initiation au désespoir. L'énorme mensonge de la soi-disant volonté d'intégration, alors que la seule volonté est celle de l'absorption, liée à une parfaite indifférence du destin des élèves différents, quelle que soit leur différence. La formation ex-AIS,maintenant nommée CAPA-SH s'effectue en alternance, les professeurs stagiaires préparant le diplôme se voient enlever du temps de formation et la continuité de l'enseignement en classes spécialisées est compromise. Les stagiaires sont remplacés par des non-spécialistes.

Ce sont des milliers et milliers de contractuels au chômage, plus de mille dans la seule académie de Créteil, alors que très franchement, à Créteil, on aurait peut-être besoin, pour que les hommes politiques puissent pénétrer dans les banlieues sans danger physique pour eux, que plus et non moins de contractuels soient employés…non ?

Mais c'est surtout la volonté politique affichée de faire entrer le système scolaire encore plus dans les lois du marché, cette volonté du "parcours d'excellence" qui oublie volontairement les premières années de vie, en supprimant à terme les classes maternelles, cette volonté de toujours plus et plus de sélection et de culture de la compétition, qui aura un jour sans doute le culot de prétendre que les jeunes en réussite en ont le gène, puisqu'il en a toujours été ainsi depuis leur enfance : ouais, seulement depuis l'enfance on a trié puis trié puis encore trié et devinez quels étaient les critères de tri, hein ?




Article ajouté le 2007-05-03 , consulté 265 fois

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